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vendredi 21 novembre 2008
Solibamba 13 - Feuillet d’information du groupe de soutien "Solidar", pour les Femmes sans Terre de Cochabamba : MST-Mujeres

  
Source de l'info :
Posté par veroblech le lundi 11 avril 2005. Modéré le dimanche 09 avril 2006 nombre de visites: 5131
SOLIBAMBA - Feuillets d’information du groupe de soutien Solidar pour les Femmes sans Terre de Cochabamba- 28 février 2008 - numéro 13

Et voici déjà venu le temps de mon dernier feuillet d’information …

Dans ce numéro vous trouverez…

Un petit bilan à chaud sur l’impact de cette mission d’échange et de partenariat de trois ans qui se termine, au travers de quelques réflexions personnelles et d’une interview de ma cheffe Asunta Salvatierra…

Le projet des femmes rurales sans terre - résultats

De la lutte ancestrale pour la récupération de la terre agraire pour ceux qui la travaille...

La Cosmovision Andino-Amazonique et le monde paysan au sommet des Andes...

Et pour terminer, l’histoire de la « patate », année internationale oblige.

E-CHANGES, PARTENARIAT ET INTERCULTURALITÉ
Arrivée à la fin de ce contrat tripartite entre E-Changer, le MST-Mujeres et moi-même, je cherche à savoir si ce que j’ai vécu correspond à ce que je m’étais imaginé, à ce que j’avais pensé…

La réponse n’est pas évidente, car sait-on jamais exactement quelles sont les motivations profondes qui vous poussent à vous expatrier pour une période de trois ans.

Mon désir de départ vers un autre continent était relativement égoïste. Je souhaitais surtout vivre au quotidien dans un environnement autre, au milieu d’une culture vivante et forte, travailler dans un domaine différent, découvrir d’autres manières d’appréhender les choses de la vie… Bref, une grande envie de changement.

Plutôt que de « me prendre la tête » sur mon rôle de coopératrice, sur ce que j’allais bien pouvoir apprendre à mes futures collègues et comment j’allais pouvoir atteindre les objectifs de ma mission, j’essayai dans un premier temps de comprendre plus ou moins le monde dans lequel j’avais débarqué.

Ça n’a pas été si facile que ça. D’abord pour la langue, on a beau se débrouiller et s’exprimer relativement facilement en espagnol après quelques mois, ce n’est jamais comme dans la langue maternelle... et mes collègues sont de langue maternelle quechua.

Ensuite, la grande ville. Mais on s’y habitue et puis on se rend vite compte que Cochabamba n’est en fait qu’un grand village et qu’on rencontre toujours les mêmes personnes, selon ses centres d’intérêts.

Le climat enfin. Les cochalos sont très fiers de leur climat et de leur cuisine. Mais pour moi, il n’a pas été évident de m’habituer aux six mois successifs de sécheresse (pas une goutte de pluie), puis aux deux mois de vents qui décoiffent et pour finir aux quatre mois de pluies froides (et ceci en plein été) qui ponctuent l’année. L’hiver, il fait beau, mais froid la nuit et il n’y a pas de chauffage dans les maisons (et quand je dis froid ça veut dire qu’il peut geler !). L’été, il pleut et il fait froid humide, sauf quand les nuages s’en vont. Alors il fait une chaleur suffocante, surprenante et le soleil à la verticale brûle… Mais en comparaison avec le froid intense de La Paz ou Potosí ou les chaleurs tropicales de Santa Cruz ou Trinidad, le climat de Cochabamba est effectivement nettement plus clément.

En ce qui concerne la cuisine, les Boliviens en général et les cochalos en particulier sont de grands mangeurs de viande et de poulet… Il y a toujours des bouts de viande, des pattes ou autres morceaux d’os qui nagent dans leurs soupes, délicieuses par ailleurs…
A Cochabamba, il y a quelques restaurants végétariens, mais à la campagne c’est plus difficile. Alors ceux qui préfèrent se gaver de toutes les variétés de fruits et légumes qu’on trouve sur les marchés colorés se préparent en général leurs repas eux-mêmes… ce que je fais le plus souvent possible.

Et les gens ? J’ai eu la chance de travailler avec une population de femmes rurales. D’une part, il y a, Asunta, ma cheffe, paysanne originaire d’une petite communauté à plus de 10 heures de route de la capitale, mais qui vit en ville depuis environ cinq ans avec ses trois enfants. Depuis plus d’un semestre, America, une jeune étudiante en économie originaire d’une petite communauté de la même province qu’Asunta nous a rejointes. Les parents de cette dernière ont dû émigrer en ville parce que la propriété terrienne de leurs parents ne suffisait pas à nourrir tous les frères et sœurs qui ont presque tous quitté la communauté.

Grâce à ce partenariat, j’ai pu découvrir petit à petit les traditions rurales quechuas, tout en vivant dans un environnement relativement occidental, celui de la ville.

Pour moi, le bilan est extrêmement positif, car j’ai effectivement pu réaliser ce que je désirais le plus : vivre au quotidien au milieu d’une autre culture, des moments d’échanges, de joie, de tristesse, d’ennui, de ras le bol, de plaisir… partager des savoirs ancestraux, apprendre à se comprendre, à se respecter et à s’accepter avec nos différences. La grande surprise est que je nous ai finalement découvert plus de similitudes qu’il n’y paraissait au départ.

Souvent, j’ai eu l’impression d’apprendre plus de mes compañeras et compañeros qu’eux/elles de moi. Au bout du compte, je crois que les apprentissages ont été partagés et réciproques.

Pour en avoir le cœur net, j’ai interviewé Asunta sur le sujet :

QUE PENSES-TU DE L’ENVOIE DE COOPER-ACTEUR-TRICE-S VOLONTAIRES POUR UNE DUREE DE TROIS ANS PROPOSÉ PAR E-CHANGER ?

ASUNTA : « Si les volontaires venaient pour une durée inférieure, ce ne serait pas suffisant pour transmettre tout le nécessaire. Il faut beaucoup de temps pour comprendre l’autre personne et coordonner avec elle. Trois ans passent rapidement. Cela dépend aussi des volontaires.

C’est important que des volontaires viennent pour partager et échanger des idées avec nous, les Bolivien-ne-s, mais également qu’ils se forment sur les sujets boliviens et nos particularités.

Les Bolivien-ne-s ne sont pas toujours dignes de confiance, surtout en ce qui concerne la gestion économique, la réalisation des tâches, l’engagement personnel et les obligations. L’exemple et la manière de travailler des volontaires nous aident à nous former dans ce sens et à exécuter et réaliser nos projets dans de bonnes conditions.

La collaboration avec les volontaires renforce les partenaires boliviens. Par exemple moi, avant tout j’ai appris à parler l’espagnol et à m’exprimer en public. J’ai également appris à gérer les projets de manière transparente et aussi la ponctualité !...
Nos discussions nous permettent de partager des observations, réflexions sur différentes situations et de les analyser d’après d’autres points de vue.

Au départ, ce n’est pas si facile de faire confiance au/à la volontaire, à cause de mauvaises expériences précédentes, par exemple. Puis, petit à petit se développe une relation de confiance qui permet de parler librement et de poser des questions sans avoir peur d’être mal jugé-e, car nous sommes différents et nous devons nous connaître mieux, respecter nos différences et nous accepter tels que nous sommes. »

QU’EST-CE QUI T’A LE PLUS PLU DANS CET ECHANGE ?

ASUNTA : « J’ai aimé discuter et réfléchir ensemble dans le bureau en tant qu’équipe de travail. J’ai aussi aimé organiser, planifier et évaluer le projet des femmes rurales sans terre ensemble, chercher des financements dans les institutions, etc. Nous avons toujours participé ensemble aux rencontres, congrès et autres meetings nationaux et départementaux, parce que les dirigeants et les membres avaient confiance en toi et souhaitaient écouter tes suggestions.

D’abord je me faisais du souci. Comment amener une « gringita » au « campo » ? Comment réagiront les membres du mouvement? Mais les paysan-ne-s t’ont reçue avec fierté chez eux et ils ont confiance en toi et en tes propositions. Ce qui a surtout plu aux compañeros et compañeres c’est que tu dormes avec nous, que tu manges la même nourriture que nous, que tu partages en toute simplicité avec nous, sans remarques désobligeantes ou jugements sur nos coutumes. Avec ton expérience, tu m’as rendue plus forte, comme si tu étais quelqu’un de ma famille ou mon professeur. Grâce à toi j’ai appris à utiliser l’ordinateur et l’appareil photo digital. Je n’avais jamais touché à ce genre de choses avant. »

EST-CE QU’IL TE SEMBLE QU’IL SERAIT UTILE QUE VOUS, LES BOLIVIEN-NE-S, PUISSIEZ ÉGALEMENT AVOIR LA POSSIBILITÉ D’ALLER TRAVAILLER EN SUISSE COMME COOPER-ACTEUR-TRICE-S DU SUD DANS DES PROJETS DU NORD POUR TROIS ANS ?

« Ce n’est sûrement pas facile de laisser sa famille, son pays pour autant de temps. Je pense que c’est une souffrance pour vous, même si c’est vous qui choisissez les projets dans lesquels vous allez travailler.

Peut-être ce serait mieux pour moi, de participer en tant que témoin lors des formations pour les futurs volontaires en Suisse et partager mes connaissances et mon expérience des mouvements sociaux féminins avec la population de là-bas, mais pour une période plus courte… »

SOUHAITES-TU QU’UNE AUTRE VOLONTAIRE VIENNE TRAVAILLER AVEC VOUS À L’AVENIR ?

« Oui, j’aimerai une volontaire pareille que la compañera Véro. Mais je sais bien que je ne peux pas exiger cela. Une autre personne peut amener d’autres bonnes choses, mais aussi de mauvaises…

Il y aura certainement quelques difficultés à s’habituer l’une à l’autre. Mais, je veux tenter encore une fois la chance. »

LE PROJET DES FEMMES RURALES SANS TERRE

Grâce au travail acharné d’Asunta et du MST-Mujeres de Cochabamba, nous avons réussi à renforcer sérieusement la participation des femmes à tous les niveaux : dans les réunions de direction, dans les ateliers de formation, dans les séminaires, dans les négociations avec le gouvernement et les ONG boliviennes et internationales.

Le Mouvement des Sans Terre a nettement gagné en crédibilité et Asunta est régulièrement appelée à participer à des conférences de presse et à des échanges interinstitutionnels.

Notre participation à l’Assemblée Constituante a également porté ses fruits et les propositions du MST-Mujeres figurent intégralement dans la nouvelle constitution politique approuvée par les constituants à la fin de l’année dernière. Celle-ci devrait être approuvée par le peuple lors d’un référendum au début du mois de mai de cette année. Bien sûr, il reste encore beaucoup de travail, car il faudra plancher sur les différents lois et règlements qui accompagnent toute constitution…

La collaboration avec le nouveau comité de direction du Mouvement des Sans Terre du département de Cochabamba est bonne. Les membres actuels ont enfin pris conscience de l’apport des femmes du mouvement dans toute la dynamique de formation, de conscientisation et de sensibilisation des populations rurales de la région.

Le vice-ministère responsable des sujets traitant de la terre est devenu notre partenaire dans la programmation des nouvelles distributions aux paysans sans terre de Cochabamba. Nous avons réalisé plusieurs séminaires et ateliers de travail en collaboration avec ses techniciens et le vice-ministre.

Le projet d’occupation des terres fiscales est rédigé, nous avons trouvé les premières aides financières, l’octroi de la personnalité juridique est en bonne voie et nous n’attendons plus que la baisse des eaux dues aux inondations pour commencer la construction des maisons et l’aménagement du territoire.

Les compañeras et compañeros ont compris la nécessité de travailler la terre de manière communautaire et d’organiser des espèces de coopératives de productions durables pour éviter de recréer des « minifundios ». Ils souhaitent également promouvoir une agriculture biologique intégrée à la région …

Je suis donc très contente des succès obtenus malgré toutes les difficultés inhérentes à une conjoncture politique compliquée, un pays souvent bloqué par des grèves, des manifestations, des revendications légitimes et de grandes tensions entre la majorité et l’opposition …

DE LA LUTTE ANCESTRALE POUR LA RECUPERATION DE LA TERRE AGRAIRE POUR CEUX QUI LA TRAVAILLE...

Extrait du rapport 2007 d’OXFAM, Belgique sur la Bolivie

« La répartition de la terre :
Une injustice flagrante! La répartition de la terre en Bolivie est un problème majeur. La terre comme outil de production est fondamentale dans un pays où 36 % de la population vit de l’agriculture.

Pourtant, force est de constater que les terres les plus fertiles se concentrent dans les mains d’une minorité très peu encline à lâcher ses acquis…

Le latifundisme et les investisseurs étrangers :
La Bolivie connaît la répartition des terres la plus inégale de toute l’Amérique latine. En effet, 7% des propriétaires terriens possèdent 87% des terres. C’est-à-dire 28 millions d’hectares, dont la plus grande partie se trouvent dans l’Oriente. Suite à la Réforme agraire de 1953, une petite minorité reçût, par un jeu d’influence politique douteux, de grands territoires en friche de l’Etat. Cela eût lieu bien sûr au détriment des communautés indiennes locales...
De plus, les gouvernements néolibéraux ont facilité l’accès de cette minorité aux semences enrichies, aux crédits, à la technologie moderne et à la main d’oeuvre bon marché.

L’Oriente produit un tiers du PNB du pays. Mais aujourd’hui, 70 % des richesses de cette région sont dans les mains d’investisseurs étrangers.
Cette situation reste à imputer à la politique de néo-colonialisme menée par les multinationales ces dernières années avec la complicité des gouvernements néolibéraux.

En revanche, la grande masse de la population paysanne ne bénéficie, elle, que très peu de ces terres fertiles…

Les paysans sans terre et les travailleurs saisonniers
A la période des récoltes, de nombreux paysans sont obligés de travailler comme ouvriers agricoles saisonniers dans les agro-industries de l’Oriente. Le reste de l’année, ils retournent dans leur communauté d’origine pour cultiver leur propre lopin de terre – insuffisant pour survivre – ou migrent vers les villes pour travailler dans le secteur informel.

Certains paysans n’ont plus de liens avec leur communauté d’origine, et ne disposent dès lors plus de terre à cultiver : ce sont des paysans sans terre. A l’image du « Movimento dos Sem Terra » brésilien, ces paysans ont créé le Mouvement des Paysans Sans Terre de Bolivie (MST). Pour attirer l’attention des gouvernements successifs sur leur situation, ils occupent des terres laissées en friche par leur propriétaire.

Mais lorsque les propriétaires – soutenus par l’armée ou la police – essaient de chasser les occupants par la force, ces occupations de terre connaissent parfois des issues sanglantes ».
Oxfam Solidarité

COSMOVISION ANDINO-AMAZONIQUE
En me promenant sur Internet à la recherche de documents sur le sujet, je suis tombé sur le dossier BOLIVIE Carrefours du monde 2007 publié par Oxfam Solidarité, qui m’a beaucoup plu et dont j’ai copié les passages en italique ci-dessous.

« LE MONDE PAYSAN DES ANDES
Au sommet de la Bolivie

Plus de la moitié de la population bolivienne vit dans la région de l’Altiplano dont la ville principale est La Paz. L’Altiplano a une altitude moyenne de 3’800 mètres et connaît un climat froid et désertique.

Les possibilités en agriculture sont donc évidemment très maigres. On y cultive principalement des variétés de pommes de terre accoutumées au froid (imilla, oca, papalisa) et de la quinoa (écrit quinua en langue quechua). Les herbes telles que l’ichu et l’alfa alfa servent de pâturage aux animaux d’élevage parmi lesquels les lamas et les alpagas dont la précieuse laine est utilisée pour le tissage, une activité économique traditionnelle encore importante. L’Altiplano regorge aussi de nombreux minerais, ce qui a donné naissance au secteur des mines.

Dans les campagnes des hauts plateaux de l’Altiplano bolivien, des communautés paysannes aymaras et quechuas vivent isolées. On n’y parle l’espagnol qu’avec le visiteur. Ici, les langues amérindiennes sont d’usage. Les conditions de vie y sont souvent précaires : pas d’eau courante, pas d’électricité, peu de moyens de transport, pas d’assistance médicale. Mais au-delà de ces conditions de vie difficiles, une étonnante survivance de la culture andine se manifeste avec ses valeurs et ses formes d’organisation remontant à la civilisation inca... et même parfois bien au-delà. Une survivance d’autant plus incroyable que de nombreuses tentatives ont cherché, au cours des cinq siècles de colonisation, à littéralement détruire cette culture qui dépasse ou va à l’encontre des valeurs et de la logique occidentales.

L’ayllu, la communauté indienne
Les paysans des Andes vivent en communautés selon une structure appelée « ayllu ». A l’époque précolombienne, les ayllus se regroupaient en fédérations s’étendant sur un territoire appelé «marka». Ces fédérations d’ayllus pouvaient s’étendre sur les trois étages écologiques de l’actuelle Bolivie (altiplano, vallée et plaine tropicale) de manière à garantir un apport varié en nourriture.
Mais la colonisation a totalement désarticulé ces fédérations et seul l’ayllu comme entité subsiste encore aujourd’hui.

La communauté indienne fonctionne selon une structure démocratique rotative : tous les membres devront un jour participer à chacune des différentes tâches de la communauté. Les responsabilités accordées sont alors perçues comme un service à rendre à la communauté ; ce n’est donc pas une occasion de se faire du profit ou d’améliorer sa situation personnelle ou encore d’être considéré comme supérieur aux autres. Chaque ayllu a un chef, le Jilakata, désigné pour un an.
Tous les hommes de la communauté deviendront à leur tour Jilakata. Ce chef n’a pas un pouvoir autoritaire : il n’est que le représentant du pouvoir de l’assemblée. Les décisions importantes sont prises à l’unanimité par la communauté suite à des réunions où tout le monde a le droit de prendre la parole. Le Jilakata a pour responsabilité de gérer les réunions et de faire respecter les décisions prises. Il gère aussi les conflits et est le porte-parole de la communauté.

Traditionnellement, les femmes n’ont pas accès au statut de Jilakata. Cela ne signifie nullement qu’elles n’ont pas leur mot à dire. Elles participent activement aux réunions où elles prennent la parole au même titre que les hommes. La femme a un rôle prépondérant, surtout dans la famille et dans les tâches agricoles. Symbole de fécondité, c’est elle qui ensemencera la terre-mère, la Pachamama. Durant les périodes migratoires, lorsque les hommes s’absentent des villages pour aller travailler ailleurs, les femmes doivent assumer seules le reste des tâches. Les enfants, quant à eux, sont responsables des petits élevages de lamas ou de moutons. Cette activité se combine avec le temps qu’ils peuvent consacrer à leur scolarité. Celle-ci reste fort élémentaire. Très vite, les enfants en âge d’assumer d’autres tâches agricoles se verront contraints d’abandonner l’école. […]

Qu’est-ce que la quinoa ?
Sur les hauts plateaux des Andes, les paysans cultivent un « grain d’or », la quinoa. On l’apparente souvent à une céréale bien que, biologiquement parlant, elle fasse partie de la famille des épinards.

Toutefois ses graines ressemblent par leur forme et leur couleur à celles du millet. La quinoa est un aliment très nutritif par sa haute teneur en protéines, nettement supérieur à celle de l’avoine, du maïs ou du riz. Elle fait partie du régime alimentaire de millions de personnes dans les pays andins, particulièrement des populations indiennes.
Depuis bien avant l’époque inca, les Amérindiens d’Argentine, du Chili, de la Bolivie, du Pérou et de l’Equateur avaient réussi à développer différentes variétés de quinoa adaptées aux différentes régions et climats. » […]

Survivance de la culture andine
Trop souvent, lorsque l’on s’intéresse aux peuples autochtones des Amériques, on se limite à une approche anthropologique ou ethnologique.
Comme si ces peuples ne faisaient partie que de vestiges anciens, étaient l’expression d’un passé révolu, arriéré voire primitif. Souvent aussi, la résistance des peuples autochtones pour défendre leur culture et leur mode de vie – en un mot, la « non occidentalisation » – est perçue comme un refus de la modernité et du développement.

Pour comprendre l’organisation actuelle du monde rural de l’Altiplano bolivien, il faut s’intéresser à la « cosmovision andine », c’est-à-dire la façon dont les peuples autochtones des Andes interprètent l’univers et régissent leur vie par rapport à cette interprétation. Dans la cosmovision andine, les éléments de la nature sont prépondérants : l’Homme ne domine pas la nature, il est partie intégrante de celle-ci. Achachilas (la montagne), Inti (le soleil) et Pachamama (la terre-mère) en sont les éléments essentiels. Ensuite viennent les autres éléments indispensables à la vie : l’eau, les arbres, le vent…

Comme dans les autres pays du continent, l’évangélisation forcée a été très forte en Bolivie. Mais les peuples autochtones sont toujours attachés à leurs croyances, et leurs traditions restent bien vivantes.

La religion catholique n’a pas pour autant été rejetée en bloc. Ce que les peuples autochtones en ont retenu a été subtilement intégré à leurs propres croyances. La cosmovision andine englobe aussi tout un savoir, des connaissances qui dictent le mode de vie : les valeurs, les formes d’organisation, les rapports et les relations entre les individus, les relations de ceux-ci avec la nature et avec les divinités...

Bien sûr il est impossible de pouvoir présenter en quelques lignes ici tous les éléments de cette cosmovision complexe fondée selon une toute autre logique que la nôtre. Essayons toutefois de réfléchir sur certains éléments qui nous préoccupent plus particulièrement.

L’économie communautaire andine
Pour les Amérindiens, l’extrême pauvreté des campagnes trouve son origine dans différents facteurs historiques et économiques parmi lesquels la colonisation, la réforme agraire de 1953 et les politiques économiques menées par le passé […].

Au lieu d’aider les communautés andines, ces facteurs ont contribué à fragmenter les relations entre celles-ci, à rompre l’équilibre alimentaire des régions et à déstructurer tout le système de production précolombien. Dans un but recherché de domination, les politiques imposées aux populations autochtones ont toujours été en opposition avec leur culture. Pour comprendre cela, voyons comment fonctionne ce qu’on appelle l’« économie communautaire andine ».

Soulignons d’abord que le concept même d’«économie» est déjà un concept occidental. L’économie est liée à la culture, à la politique et à l’idéologie d’un peuple. Les occidentaux la définissent en termes de production, de distribution, de circulation et d’accumulation de richesses. Par contre la société andine autochtone est fondée sur l’esprit communautaire et la réciprocité comme moyen de redistribution des richesses. Chez les occidentaux, la réussite sociale des individus est fondée sur ce qu’ils possèdent. Dans la société andine, la reconnaissance sociale se fonde sur la participation de l’individu dans la communauté, l’accomplissement de ses obligations. Il en va de même pour la notion de propriété. Si celle-ci est à la base de notre système économique, il existe chez les peuples autochtones une combinaison entre le «familial» et le «communautaire». Selon la cosmovision andine, la terre ne peut être propriété de l’Homme. Cette conception va à l’encontre de la logique occidentale qui fait de la propriété foncière un bien de commercialisation.

Ces quelques éléments nous montrent déjà les antagonismes profonds entre les cultures occidentale et andine.

Depuis la colonisation espagnole, les valeurs et principes andins n’ont jamais eu de reconnaissance légale. Bien au contraire, la colonisation espagnole a conduit à la parcellisation forcée des terres et à la notion de propriété privée. Et il en va de même en ce qui concerne la Justice : si les communautés amérindiennes en zone rurale ont leur propre système de justice communautaire (basée sur leurs coutumes et leurs propres « lois »), le système juridique de type occidental instauré en Bolivie ne reconnaît pas les jugements appliqués par us et coutumes amérindiennes.

Dans les communautés amérindiennes, les conflits sont gérés par l’ensemble de la communauté. Un vol ou un adultère sera sanctionné par un châtiment corporel, voire une expulsion de la communauté. Un non-respect de ses «cargas» (responsabilités ou tâches au sein de la communauté) sera sanctionné par des travaux d’intérêt communautaire etc.

Quels compromis dans l’Etat plurinational de demain ?
Malgré des siècles de domination occidentale, la cosmovision andine, ses valeurs et ses formes d’organisation se sont relativement maintenues dans les zones andines retirées du pays. Dans les zones plus urbanisées, elles subsistent parfois dans un mélange subtil de traditions et d’occidentalisation.

Ces «survivances» sont de fait l’expression de la résistance amérindienne et ne sont pas sans lien avec les bouleversements que connaît la Bolivie aujourd’hui. Beaucoup voient dans les derniers événements que connaît le pays, la concrétisation de la célèbre phrase de Tupak Katari « A mi solo me mataréis, pero mañana volveré y seré millones » (Vous ne tuez que moi, mais demain je reviendrai et je serai des millions). Les luttes pour la récupération des ressources naturelles, le combat pour l’accès à la terre et l’élection en 2005 du premier Président amérindien Evo Morales (qui a permis la mise en place d’un gouvernement populaire et à dominance indigène) sont des événements perçus comme le nouveau « Pachakuti », nouveau cycle temporel et spatial dans la culture quechua: “Hoy han despertado las naciones de nuestro territorio, para no volver a dormir jamás. Han despertado en sus dimensiones multifacéticas y nadie irá detenerlos en sus victoriosas marchas. Ese es el significado del PACHAKUTI, el renacimiento, la vuelta a los orígenes de los indígenas.” (Traduction : «Aujourd'hui, les nations de nos territoires se sont réveillées pour ne plus jamais se rendormir. Elles se sont réveillées dans toutes leurs facettes et plus rien ni personne ne les arrêtera dans leurs marches victorieuses. C'est cela la signification de Pachakuti, la renaissance, le retour aux origines des Amérindiens. » (Source: Soldepaz Pachakuti org)

Les attentes des Amérindiens vis-à-vis du nouveau gouvernement d’Evo Morales sont énormes mais ne font pas toujours l’unanimité. Certains, une minorité cependant, revendiquent une récupération totale et inconditionnelle du pouvoir, du territoire et des richesses du pays. C’est notamment le cas du Mouvement Indigène Pachakuti de Felipe Quispe, dit le Mallku. D’autres, la majorité appuyée par le Président lui-même et le gouvernement, travaillent pour «refonder l’Etat bolivien en un Etat plurinational». Cela devrait passer par la réécriture de la Constitution nationale, une reconnaissance des autonomies indigènes du pays et d’autres aspects comme la mise en place d’un système juridique mixte (selon ce qui a été évoqué ci-dessus). Ces sujets sont extrêmement brûlants en Bolivie et suscitent donc des polémiques, et la résistance des blancs voire des métis qui craignent d’y perdre au change.
Construire ou « refonder » un nouvel Etat qui prendrait en compte la diversité ethnique et culturelle du pays, voilà le défi principal du gouvernement de Morales. Changer une Constitution ou des lois est certes une nécessité pour parvenir à des résultats, mais ce sera insuffisant si cela ne s’accompagne pas d’un travail en profondeur de conscientisation et d’éducation. Il faut en effet intégrer une nouvelle conscience nationale et une nouvelle culture politique dans le pays. Un processus long et fragile mais nécessaire pour maintenir l’unité du pays sans discrimination. »
http://www.oxfamsol.be/fr/IMG/pdf/dossier_bolivie_FR_2007light.pdf

ANNÉE INTERNATIONALE DE LA POMME DE TERRE
Origines

« L'histoire de la pomme de terre a débuté il y a environ 8’000 ans près du lac Titicaca, à 3’800 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans la cordillère des Andes, à la frontière entre la Bolivie et le Pérou. Des recherches ont révélé que des communautés de chasseurs et de cueilleurs arrivés dans le sud du continent américain depuis au moins 7’000 ans avaient commencé à domestiquer des espèces sauvages de pommes de terre qui poussaient en abondance autour du lac.
Quelque 200 espèces sauvages de pommes de terre ont été répertoriées sur le continent américain. Mais c'est dans la cordillère centrale des Andes que les agriculteurs sont parvenus à sélectionner et à améliorer les premiers spécimens de ce qui allait donner, au fil des millénaires, une diversité inouïe de tubercules. La pomme de terre que nous connaissons, l'espèce Solanum tuberosum, ne contient en réalité qu'une infime partie de la diversité génétique contenue dans les sept espèces reconnues et dans les 5’000 variétés de pommes de terre qui sont encore de nos jours cultivées dans les Andes.
Les agriculteurs des Andes cultivaient un grand nombre de cultures vivrières, notamment des tomates, des haricots et du maïs, mais leurs variétés de pommes de terre se sont particulièrement bien adaptées à la région de la « vallée quechua », à 3'100 – 3’500 mètres d'altitude, sur les flancs de la Cordillère centrale (les peuples andins considéraient la région quechua comme la « région civilisée »). Ils ont aussi mis au point des variétés résistantes au gel qui survivent sur la steppe d'altitude (puna), à 4’300 mètres d'altitude.
La sécurité alimentaire assurée par le maïs et la pomme de terre, renforcée par le développement de l'irrigation et de la culture en terrasses, a permis l'émergence de l'empire Huari, autour du Ve siècle, dans le bassin d'Ayacucho. À peu près à la même époque, la cité-État de Tiahuanaco fut érigée près du lac Titicaca; un système de cultures en terrasses, des levées de terre bordées de canaux, permettait de produire 10 tonnes/hectare de pommes de terre. À l'apogée de cette civilisation, vers l'an 800 de notre ère, 500’000 personnes ou plus vivaient à Tiahuanaco et dans les vallées environnantes.
Croissance fulgurante. À la chute de l'empire Huari et de Tiahuanaco, entre 1’000 et 1’200, succéda une période d'agitation à laquelle mit fin l'émergence de l'empire inca dans la vallée de Cuzco, autour de 1’400. En moins d'un siècle, les Incas créèrent l'empire le plus vaste de l'Amérique précolombienne, qui s'étendait de l'Argentine à la Colombie actuelles.
Les Incas adoptèrent et améliorèrent les techniques agricoles des civilisations andines, accordant la primauté à la culture du maïs. La pomme de terre était pourtant fondamentale pour la sécurité alimentaire de l'empire: elle occupait une place de choix dans le vaste réseau d'entrepôts - en particulier le chuño, tubercule déshydraté par exposition au gel et au soleil - et permettait non seulement de nourrir fonctionnaires, soldats et esclaves mais servait aussi de réserve en cas de mauvaise récolte.
Les conquistadors ont précipité la chute de l'empire inca, mais la pomme de terre a résisté. Car, tout au long de l'histoire des civilisations andines, elle est restée, sous toutes ses formes, la denrée du peuple et était au centre de leur cosmogonie (par exemple, on mesurait le temps au temps nécessaire pour cuire les pommes de terre).
Dans certaines régions des Andes, les agriculteurs mesurent encore les terres en topo, qui est la superficie nécessaire à une famille pour couvrir ses besoins en pommes de terre. Le topo est plus étendu en altitude, car la période de jachère des parcelles est plus longue. Les agriculteurs classent les pommes de terre par espèces et par variétés mais aussi par niches écologiques qui donnent les tubercules les plus gros, et il est courant de voir sur une même parcelle quatre ou cinq espèces cultivées.
La culture des tubercules est encore de nos jours une des principales activités de la saison agricole près du lac Titicaca, où la pomme de terre est dénommée Mama Jatha, ou mère de la croissance. La pomme de terre demeure la semence emblématique de la civilisation andine.
Naissance de l'agriculture
D'après les mythes incas, le dieu créateur Viracocha fit émerger le soleil, la lune et les étoiles du lac Titicaca. C'est lui qui a créé l'agriculture en envoyant ses deux fils dans le royaume des humains pour étudier et classifier les plantes qui y poussaient. Ils ont enseigné au peuple comment semer les cultures et comment les utiliser pour ne jamais manquer de nourriture. »
http://www.potato2008.org/fr/pommedeterre/origines.html

MERCI !!!

Sans votre collaboration, vos commentaires et encouragements, votre appui financier, ce travail de cooper-action n’aurait pas pu se réaliser.

Je tiens à remercier tout particulièrement ma fille Sarah Jurisch Praz, responsable du groupe de soutien qui m’a grandement aidé dans la correction et diffusion des « solibamba », des cartes de remerciements aux donateurs, mais également dans les autres formalités administratives à réaliser en Suisse lors d’une si longue absence.

Une tranche de vie se termine, ce fût une très belle expérience qui m'a permis d'avancer sur mon chemin personnel et de rencontrer des personnes exceptionnelles, aussi bien en Suisse, qu'en Bolivie et au Brésil. Il n'y a pas de hasards dans la vie et ce n'est sûrement pas pour rien qu’elle (la vie) m'a amené ici.

« Et maintenant ? » Me direz-vous. Je m’octroie un semestre sabbatique de voyage, à la découverte d’autres pays et espaces de l’Amérique du Sud. J’ai grand besoin de laisser décanter les émotions, impressions et aventures qui me sont arrivées, faire le point …

Au mois de juin, je devrais repasser par la Bolivie pour boucler la boucle avec mes ami-e-s, compañeros et compañeras avant de continuer vers le Nord du subcontinent et enfin vers la Suisse.

Mes partenaires du MST-Mujeres, satisfaites de notre collaboration ont refait une demande de cooper-actrice à E-Changer. Cette nouvelle volontaire devrait arriver dans le courrant du mois de septembre… le temps de terminer sa formation à la coopération proposée par E-Changer.

Pendant ce temps mes compañeras continueront à capitaliser leurs nouvelles connaissances et compétences tout en peaufinant leurs attentes face à la future volontaire. Les choses changent vite en Bolivie et il faut toujours rester sur le qui-vive, les deux qualités les plus nécessaires selon moi étant la flexibilité et la patience.

A ceux qui souhaitent continuer à soutenir E-Changer… pas de problème, vos dons serviront à celles et ceux qui ne bénéficient pas d’un réseau social suffisant pour couvrir la moitié de leurs frais de vie.

A celles et ceux qui souhaitent continuer à soutenir les femmes sans terre de Cochabamba au travers de la future volontaire… qu’ils prennent contact avec
E-Changer

Adresse : 48 route de la Vignettaz, 1700 Fribourg

Téléphone : ++41/ 026 422 12 40 (le matin)

Courriel : info@e-changer.ch

En attendant, je vous remercie toutes et tous de tout mon cœur, dans l’espoir de nous revoir un de ces jours… ici ou ailleurs.

Véronique Blech

Pour faire partie du groupe de soutien "solidar" pour le renforcement de l'organisation des Femmes Sans Terre de Cochabamba, vous pouvez m'envoyer un courrier électronique à :
veronique.blech@gmail.com
ou contacter Sarah Jurisch Praz au :
Téléphone : 0041 (0)27 558 83 58
Mobile: 0041 (0)76 456 17 30
ou par courrier électronique :
sarah.jurisch.praz@gmail.com
Pour participer financièrement à ce projet :
CCP (Suisse) : 17-7786-4, E-CHANGER, mention « solidar »
Vous trouverez des informations sur le projet et le groupe de soutien « solidar » sur le site Internet : http://www.cooperation.net/veroblech
Autres portails d’information :
E-CHANGER : http://www.echanger.ch
COVOSU : http://www.covosu.org

Salutations amicales
Véronique Blech, cooper-actrice E-Changer pour le MST-Mujeres de Cochabamba, Bolivie



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