(Etudiant, religieux et secrétaire administratif au Cabinet du Gouverneur de Région/ Province de Bandundu (de 1989 à 1991), à trois reprises lors de ses périples en Provinces, j’ai eu l’opportunité de me retrouver face à cet homme , véritable « phénomène de la nature », adulé par les uns, craint par les autres et vilipendé par beaucoup, aujourd’hui .
Il y a exactement 7 ans depuis que le Maréchal - Président est mort.
Le chef qui a présidé aux destinées de « l’Orchestre - Zaïre », de 1965 à 1997, sera pour longtemps encore, l’objet de nombreuses controverses, au pays comme à l’étranger. Voici deux analyses faites par deux illustres journalistes (de Jeune – Afrique) qu’ il a reçus à maintes occasions au Mont-Ngaliema : Philippe Gaillard est l’auteur du premier article tandis que Albert Bourgi a écrit le second. C’était en septembre 1997. Il y a sept ans exactement.)

Déchu, abandonné de ses courtisans, le Maréchal Mobutu Sese Seko , « président-fondateur » du Zaïre, est mort à Rabat, en terre étrangère, le 07 septembre 1997, « des suites d’une longue et pénible maladie », comme on disait naguère.
Le pire reproche que lui fera l’Histoire sera peut-être de s’être refusé à comprendre qu’il lui fallait transmettre un pouvoir réduit à un simulacre et aux moyens d’exercer encore sa munificence, depuis qu’il avait fui le pays réel pour se réfugier dans les décors de théâtre qu’étaient son palais de Gbadolite et le Kamanyola, son yacht fluvial.

C’était en 1990, après qu’un déluge de mémorandums – qu’il avait suscités , croyant qu’il canaliserait ainsi le flot des récriminations – eut révélé la force du mécontentement dans toutes les classes de la société.

Le mur de Berlin venait de tomber. Ceci se conjuguant avec cela aurait pu entraîner alors la chute de l’homme qui avait « régné » à Kinshasa pendant un quart de siècle . En effet, Mobutu avait toujours trouvé en Occident - tantôt à Bruxelles, tantôt à Paris , plus constamment à Washington – le soutien que lui valait sa position et son attitude de « plus fidèle défenseur de la démocratie contre le communisme en Afrique ». Le péril rouge disparu, le défenseur n’avait plus d’utilité.
On vit bientôt , effectivement, les trois capitales de l’hémisphère Nord intéressées au Zaïre, soucieuses, dirent-elles, des droits de l’homme, qui ne les avaient pas préoccupées outre mesure jusqu’alors - décréter un boycottage d’un genre nouveau et assez ridicule, frappant d’interdiction de séjour un chef d’état étranger et les membres de sa famille.

La rétorsion fut sans effet. La volonté de « chasser le dictateur » n’était d’ailleurs pas évidente de la part de ceux qui, tel Jacques Foccart, considéraient que le départ de Mobutu précipiterait le Zaïre de Charybde en Scylla. Encore moins de la part de George Bush, président des Etats-Unis et ancien patron de la C.I.A., laquelle gardait une certaine tendresse à l’égard du commandant en chef de l’armée congolaise qu’elle avait contribué à propulser, en 1965, à la tête de l’Etat.
Dès l’été 1960, ayant décidé d’éliminer Patrice Lumumba, la C.I.A. avait jeté son dévolu sur Joseph- Désiré Mobutu Cet ancien sergent comptable devenu journaliste, alors âgé de 30 ans, avait pourtant été un collaborateur dévoué de l’étoile montante de politique au Congo –Belge. Brièvement ministre après l’Indépendance, proclamée le 30 Juin 1960, il était devenu , huit jours plus tard, colonel et chef d’état-major d’une armée en proie à la mutinerie.

Dans la pétaudière de l’Etat naissant, il avait viré de bord les conseils de ses amis américains et belges, « neutralisés » les Premiers ministres concurrents Lumumba et Iléo - - en réalité surtout Lumumba – et mis en place un « collège » d’étudiants rapatriés d’urgence de Bruxelles. Puis, il avait laissé la politique aux politiciens, se consacrant à la tâche urgente de la pacification du pays.
Cinq ans de guerre civile et de péripéties politiques plus tard, la prise de pouvoir par Mobutu , auteur du premier putsch militaire en Afrique, fut plutôt bien accueillie par une population à laquelle le Général promettait la paix et l’ordre. Grosso modo, il tint parole pendant une dizaine d’années, faisant sentir son autorité par une violence dont le premier épisode fut, dès le 30 mai 1966, la pendaison publique de l’ancien Premier Ministre Evariste KIMBA et de trois membres de son gouvernement.

Jusqu’en 1975, l’intendance suivit. Et puis, la baisse es cours du cuivre se conjugua avec les conséquences de la « zairianisation », c’est-à-dire le pillage de la trésorerie des entreprises nationalisées par les protégés du chef de l’Etat qui en avait reçu la direction.
Le Zaïre s’appauvrit.

Simultanément, Mobutu apparut saisi par une mégalomanie galopante et dispendieuse. L’ « authenticité » instaurée en 1972 dégénéra en une liturgie extravagante copiée sur le culte de Kim Il Sung, en Corée du Nord. Le gouvernement du pays et la diplomatie furent fondés sur la ci s’étala en acquisition et décoration des résidences et en dépenses incalculables chez les orfèvres, les traiteurs et les marchands de vin.
La démocratisation octroyée prit la forme de ce qu’on appela « le multimobutisme » et fut une occasion de relancer la valse de mallettes de billets, tandis que les courtisans, voyant que le temps allait leur être compté, s’emplissaient les poches de plus belle. La descente aux enfers dura sept ans.

Comme s’il avait fallu corroborer l’explication de l’Histoire du Zaïre par le néocolonialisme, on vit les Américains propulser Laurent-Désiré Kabila contre Mobutu en 1997 comme ils avaient poussé Joseph-Désiré Mobutu contre Lumumba en 1960 et contre Joseph Kasa-Vubu en 1965.