
Voici quelques recommandations qui visent à prévenir les erreurs les plus souvent commises dans les projets de développement, souvent par excès d'enthousiasme. L'article traite essentiellement des projets de développement agricole mais certains aspects sont communs à tous les types de projet. Ces "pièges" que j'ai recensés ne sont pas exhaustifs car tirés de mon stage de terrain en Arménie en 2007. Si vous souhaitez rajouter des idées ou commenter les miennes, libre à vous.
Constitution d'un plan de projet
Réaliser une étude ex-ante pour que le projet réponde aux problèmes "spécifiques du pays, de la région et de la communauté ciblés. Un très bon projet n'est pas toujours synonyme de projet pertinent.
Réaliser une étude ex-ante du projet pour qu'il soit cohérent avec son environnement social et économique.
Ne pas réinventer la roue mais encourager les synergies.
Choisir des objectifs et des moyens simples car les chances de succès sont de 1 sur 2. D'autant plus quand on n'a jamais mis en place de projets dans le pays en question.
Choisir l'emplacement du projet pas seulement en fonction des besoins des populations mais aussi des potentiels de succès et donc de pérennité.
Concevoir un projet de développement agricole comme un projet à rentabilité économique: réaliser une étude de faisabilité, un plan de financement et un plan marketing.
Sélection des bénéficiaires/participants
S'assurer que le bénéficiaire a la capacité PHYSIQUE et PSYCHOLOGIQUE de porter un projet ÉCONOMIQUE comme c'est le cas pour les projets de développement agricole. Ce type de projet n'est pas le plus adapté pour des personnes démunies sur le plan social et psychologique, du moins dans un premier temps.
Responsabiliser les bénéficiaires en passant un contrat avec eux et en le faisant respecter. Mais le terme de bénéficiaire n'est-il pas déjà erroné car il sous-entend que le bénéficiaire est celui qui reçoit exclusivement, sans rien donner en retour. Outre que cette approche n'est pas responsabilisante, elle est humiliante car on se construit en transmettant (voir toute la sociologie et l'anthropologie sur le don). Ne peut-on les désigner comme les "collaborateurs", au même titre que les associations locales, ou pour plus de clarté les "villageois", les "participants", etc. avec cette notion de les intégrer au processus de développement?
Privilégier un nombre restreint de participants mais entreprenants. Leur expérience fera tache d'huile sur les personnes moins entreprenantes de la communauté et qui ont besoin d'éléments moteurs.
Relations avec les partenaires
Ne pas court-circuiter les élus des villages mais neutraliser le népotisme et la corruption en restant maitres du projet et en faisant respecter un contrat.
Sélectionner une association locale en fonction de ses compétences, de ses valeurs et de sa façon de travailler et non pas sur simple recommandation. Prendre le temps de la connaître et passer avec elle un contrat comme pour le reste des acteurs du projet. Etre méfiant car certaines associations locales ont été créées uniquement pour recueillir des dons sans volonté véritable de développer.
Gérer l'interculturalité pas seulement en travaillant avec une association locale mais en ayant des personnes au sein de la structure du "Nord" capables d'appréhender les différences culturelles en terme économique, politique, social.
Ne pas oublier que le projet est au service des participants et de leurs besoins. Cela ne sert à rien de vouloir absolument réaliser les activités prévues si on se rend compte qu'elles ne permettent pas d'atteindre les objectifs.
Etre responsable vis-à-vis de ses bailleurs, que ce soient des institutions publiques, des particuliers ou une ONG, en étant transparent et en légitimant ses choix.
Savoir collaborer avec les autres professionnels du développement pour une plus grande efficacité. Notre expérience peut également leur apporter beaucoup.
Spécificités des ex-républiques soviétiques (ou pas?)
Ne pas avoir le même niveau d'exigence au début concernant les règles de production dans ces pays ou tout est à réorganiser. Ils ne pourront sans cela jamais rattraper les pays développés.
Prévenir dès le début que le projet exigera beaucoup de travail et d'effort de la part des participants. Car autrefois le travail était fourni par l'État et pour beaucoup il était fictif (certaines catégories étaient payées à ne rien faire tout simplement parce qu'on ne pouvait admettre le chômage dans une république socialiste). Quel que soit le type de projet à mettre en place, il faut auparavant les former pour leur donner ou réactualiser leurs compétences. Ensuite, il faut qu'ils retirent rapidement de leur travail un intérêt économique pour être motivés à poursuivre car ils sont inscrits dans une logique de court terme et non de long terme.
Faible intérêt pour les coopératives de production et parfois méfiance vis-à-vis d'un système qui s'apparente au kolkhoze. Mettre d'abord en place le processus de production; les producteurs verront bien ensuite l'avantage que peuvent représenter ces structures pour eux.
S'assurer de la motivation des participants. Mais celle-ci ne peut être mise à l'épreuve que sur la durée. Dans les pays ex-sovitiques en particulier, la majorité des villageois participent à un projet dans l'esprit de recevoir quelque chose mais pas nécessairement de s'impliquer de toutes les manières possibles. C'est pourquoi il est plus sécurisant pour la réussite du projet de poser dès le départ un certain nombre de conditions que le villageois doit respecter. Mais attention! Ces conditions ne doivent pas être seulement sur le mode passif ("Ne pas vendre ou manger les moutons que l'association donne" ou "Participer aux réunions") mais sur le mode réellement actif et en veillant à donner des objectifs aussi bien quantitatifs que qualitatifs ("Suivre une formation sur l'élevage et le fermier doit recevoir la moyenne aux tests" ou "Participer aux réunions, être responsable d'un sujet particulier et en rendre compte aux participants", etc.) Ceci est une nécessité dans les pays ex-soviétiques ou il n'ya pas de différence entre "Exécuter une tâche" et "Executer correctement une tâche" tout simplement parce que l'Union soviétique mettait l'accent sur la productivité au détriment de la qualité.
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