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samedi 10 janvier 2009
Discrimination des jeunes professionnels dans le développement

  
Source de l'info :
Posté par mariepascal le dimanche 22 juin 2008. nombre de visites: 270

Compétent... mais jeune


Agée de 26 ans, j'ai aujourd'hui dans mes poches un diplôme Bac + 5 (5 années d'études après le diplôme d'études secondaires), un séjour linguistique à Moscou de 6 mois, plusieurs voyages personnels et associatifs en Russie, une participation pendant 2 ans à deux associations dans le domaine du développement, un stage professionnel en Arménie de 5 mois, divers stages dans le domaine de l'humanitaire et la coopération décentralisée et enfin une expérience professionnelle en Arménie d'un an (en cours).

Malgré tout cela, je ne suis pas sûre de trouver un travail dans le domaine du développement à mon retour en France. Et si j'en trouve un, je ne suis pas sûre d'être bien payée. Excepté le Volontariat Cicil (CIVI), les autres programmes de volontariat assurent un salaire bas, bien que largement suffisant pour vivre dans les pays en développement.

Une jeunesse aux prétentions à la baisse


"Quoi? Elle veut faire du développement et en même temps a des prétentions salariales???" me diraient certains. Au contraire, l'argent ne m'est pas très important. Je suis actuellement en mission d'un an en Arménie avec un contrat arménien. Je suis logée gratuitement par l'association et je ne consomme pas beaucoup en nourriture, étant invitée à droite à gauche. Je vis donc très bien avec mon contrat local. Mais je suis célibataire et sans enfants!! Mes collègues arméniennes ne vivent pas aussi bien que moi. Ayant un contrat local, je paye donc mes charges sociales à l'Etat arménien. Je doute y avoir recours un jour ou l'autre... Même ma retraite m'est aussi de peu d'importance car je ne suis pas sûre, même si je cotise en France, d'y avoir droit quand ce sera mon tour tellement les caisses se vident à vive allure. J'ai pris le parti de mon amie Anouch qui dit que les Arméniens se fichent de leur retraite tellement elle est ridicule (à peine suffisante pour payer l'eau, l'électricité et le loyer). Ils vivent au jour le jour et font leurs propres économies en espérant ne pas revivre un crack boursier.

Je ne déplore donc pas ma situation actuelle d'autant plus que c'est une expérience humaine et professionnelle extrêmement enrichissante. Je resterais bien plus longtemps que prévu tellement mon travail est passionnant. Et puis je sais que pour un premier emploi dans le développement, il ne fallait pas être trop difficile. Mais, même si je prolonge un peu mon contrat, il faudra bien qu'un jour j'aille voir ailleurs si je songe à fonder une famille et à économiser un peu pour mes vieux jours.

"Jeunophobie"??? "Fossé générationnel"???


Or, ce n'est pas si facile "d'aller voir ailleurs" même avec ma petite expérience forgée à tour de bras. Ce qui me met en colère ce n'est pas tellement que de petites associations qui n'ont pas le sou proposent des postes avec des contrats locaux. Après tout, cela permet à des jeunes sans vraie expérience de s'en forger une. Ce qui me met véritablement hors de moi c'est que de grandes organisations internationales ou de grandes ONG font du développement au Sud en exploitant la force de travail au Nord. Et plus particulièrement, les jeunes. Ce qui me met hors de moi, c'est de voir des experts retraités jouir d'une agréable retraite et pourtant continuer à se proposer pour des missions et cela sans pratiquement pas partager leur expérience avec de jeunes experts (Voir Senior Experts Français). Je me souviens d'une touriste venue visiter nos locaux qui, considérant qu'elle avait fait son temps et son mari gagnant assez d'argent, s'était retirée avant l'heure pour laisser la place aux jeunes. Ce sens de la solidarité ne semble pas étouffer certains experts senior. Sans compter que même si ces experts ont une grande expérience, ils sont parfois un peu vieux jeu dans leur vision des choses et leur approche. Je me souviens d'un expert qui avait des choses très instructives à proposer à une association arménienne de développement rural mais parce qu'il avait voulu inposer une vision et une méthodologie européennes et qu'il était peu diplomate il avait réussi à faire échouer le partenariat. Les jeunes vont parfois plus en douceur (enfin cela dépend des individus).

Je suis consciente que le monde a changé et que l'âge d'or d'après-guerre en France (congés payés, salaires en hausse, retraites, etc.) n'est plus possible aujourd'hui. Et je fais avec tant bien que mal. Ce qui me met en fureur c'est de voir que les compétences de la jeune génération sont minorées et que les possibilités de véritable formation sont faibles. Combien de stages professionnels ne sont pas encadrés, sans objectifs précis et sans réelle volonté de former le stagiaire mais simplement d'exploiter ses connaissances?

Est-ce que le fait que l'Europe vieillisse créerait une vague de "jeunophobie" au sein du monde du travail? Toujours est-il qu'aujourd'hui plusieurs réseaux de jeunes se crèent afin que leurs compétences soient reconnues et que leurs droits salariaux et de formation soient respectés. A l'heure où les stagiaires sont largement exploités et répandus dans les entreprises comme dans le public, où de nombreux jeunes diplômés ne trouvent pas de travail, où des formations soit disant "professionnelles" font miroiter monts et merveilles aux jeunes tandis que les enseignants sont des experts blasés qui ne prennent pas au sérieux leur devoir de formation, il faudrait sans doute amorcer une réflexion sur la place des jeunes experts dans le développement et ce qu'il peuvent apporter en terme d'innovation. Le développement se prive d'un grand potentiel humain en ne prenant pas assez au sérieux le vivier que représentent les jeunes diplômés.

Le dévaloriation et le manque de reconnaissance des jeunes diplômés est pour moi une des nouvelles discriminations faites aux droits de l'homme en ce début de XXIème siècle. Heureusement, plusieurs mouvements citoyens s'amorcent en Europe pour lutter contre cette nouvelle discrimination.

Quelques sites de réseaux de jeunes professionnels:
  • Génération précaire qui lutte en France pour la reconnaissance des droits des stagiaires
  • L'AJECID qui promeut des actions pour faire reconnaître les compétences des jeunes experts dans le domaine de la coopération internationale et du développement

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