Udps : des espoirs déçus
Par Le Potentiel
L’intervention le week-end dernier du belge Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire sur Rfi a sonné comme une annonce de l’échec des concertations politiques envisagées entre l’opposition et les animateurs de la transition en vue de l’implication de l’Udps dans le processus électoral en cours. Quoi de plus qu’un signe avant-coureur des espoirs déçus à l’approche du couronnement d’une longue lutte pour la démocratisation de la République démocratique du Congo.
Les chances pour la participation d’Etienne et de son parti l’Udps aux élections générales prochaines s’amenuisent chaque jour davantage. Car, à quelques jours de l’organisation du référendum constitutionnel, aucune lueur d’espoir n’est perceptible. L’éclaircie selon laquelle Etienne Tshisekedi allait se retrouver autour d’une table avec les tenants du pouvoir pendant la transition sous la supervision de la Monuc vient d’être obscurcie.
Le brouillard sur la probable organisation de ces concertations de dernière chance pour l’implication de l’Udps dans le processus électoral en cours a été déployé par le commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, Louis Michel, alors en séjour à Bamako lors du 23è sommet d’Afrique-France.
Invité de Rfi le samedi 3 décembre 2005, l’homme d’Etat belge a déclaré que si le leader de l’opposition congolaise manifestait l’intention de s’impliquer dans le processus électoral en cours, des bureaux spéciaux d’enrôlement pourraient être ouverts pour lui. Toutefois, l’ancien ministre des Affaires étrangères du Royaume de Belgique a appuyé sur une note qui, selon des observateurs avisés, a cassé toute la mélodie d’une gamme voulue porteuse d’espoir. Louis Michel a déclaré que la communauté internationale ne pourra plus céder aux « sautes d’humeur » d’Etienne Tshisekedi.
PLUS DE NOUVELLES NEGOCIATIONS
Ce que le Belge appelle « sautes d’humeur », ce sont les exigences contenues dans un mémo que l’Udps a déposé auprès de la délégation du Conseil de sécurité de l’Onu lors de son dernier séjour en Rdc. Il s’agit, entre autres, de la requalification de la transition et du processus électoral tel que mené à ce jour par la Commission électorale indépendante (Cei), mais que l’ Udps a toujours contesté.
Ces exigences devaient faire l’objet d’un débat au cours d’un nouveau du dialogue placé sous la supervision de la Monuc. A ce sujet, il nous revient que les premiers contacts avaient eu lieu au quartier général de la mission onusienne et qu’il ne restait plus que la programmation des concertations proprement dites.
Que Louis Michel choisisse ce moment précis pour parler des sautes d’humeur d’Etienne Tshisekedi ne peut que confirmer les informations qui couraient déjà à Kinshasa selon lesquelles les tenants du pouvoir ne pouvaient en aucun cas accepter un dialogue politique qui risquerait d’ouvrir la boite de Pandore.
Or, la recommandation du Conseil de sécurité sur le processus électoral était claire : « Que personne ne s’exclut, que personne ne soit exclu ». Pourquoi un rapprochement n’est-il pas toujours possible au sein de la classe politique congolaise ?
La prestation de l’homme d’Etat belge sur la radio française révèle aussi les contradictions qui existeraient entre les membres de la communauté internationale qui accompagnent le processus de transition en Rdc. Les uns voudraient voir l’Udps s’impliquer dans le processus électoral afin de garantir une fin satisfaisante de la transition. Les autres prétendraient qu’Etienne Tshisekedi ne constitue plus une force politique capable d’exercer une réelle pression sur le processus électoral en cours pour provoquer un réajustement.
LE RENDEZ-VOUS DE L’ HISTOIRE
Qui a tort, qui a raison ? Seul l’avenir ou la suite des événements le dira. Mais ce qui est indéniable, c’est qu’Etienne Tshisekedi et l’Udps sont l’incarnation des espoirs de tout un peuple depuis des décennies : de la dictature de la IIème République à l’ arrivée de Kabila le père et Kabila le fils. L’organisation des élections pour l’ instauration d’un Etat démocratique se présentait pour tous ceux qui sont convaincus que l’ Udps incarne le changement, comme l’occasion propice pour Tshisekedi de mettre son projet de société en pratique. Jusqu’à ce jour, nombreux sont ceux qui y croient encore.
Mais ne pas participer aux scrutins prochains, Etienne Tshisekedi déçoit tous les Congolais qui avaient placé en lui leurs espoirs pour le changement politique dans ce pays. Ils lui réservaient leurs voix dans le but bien précis de le voir présider aux destinées de la Rdc. Car, nombreux sont ceux qui, sans être membres de l’Udps, continuent à croire que le parti d’Etienne Tshisekedi constitue une réelle force politique avec laquelle il faut compter pour les enjeux futurs. Or, à l’ allure où vont les choses, ils voient que leurs aspirations n’ ont pas été bien gérées par les collaborateurs de Tshisekedi à telle enseigne qu’ il est de plus en plus peu probable que ce parti ne soit pas présent au prochain grand rendez-vous de l’ histoire.
Tout est-il pour autant perdu? Pas évident. Au contraire, chacun des acteurs politiques congolais devrait mettre de l’eau dans son vin pour éviter à la Rdc une nouvelle hécatombe. Il est temps de reconstruire ce pays resté longtemps à la merci des pilleurs aussi bien internes qu’externes. Et la voie obligée n’est rien d’autre que des élections qui ont l’avantage de permettre l’émergence d’un vrai nouvel ordre politique au Congo. Mieux vaut tard que jamais.
Quant à la communauté internationale, elle devra jouer franc-jeu dans son rôle d’accompagnement de la transition en laissant aux Congolais une grande marge de manœuvre. L’objectif est de réunir toutes les conditions optimales pour une fin de transition positive. Car, l’ échec de la transition ne sera pas seulement congolais, la communauté internationale aura également sa part de responsabilité.
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