Pour contribuer à la volonté quasi mondiale de lutter contre la pauvreté en relevant le revenu des pauvres d'un pouce, il semble qu'il faille aujourd'hui aller au-delà de la conception dans des laboratoire burocratiques nationaux ou occidentaux de solutions toutes faites qui n'intègre pas les pauvres eux-mêmes.

La diversité des sources d'informations peut permettre à une grande majorité d'habitants de la planète, dans les zones les plus reculées, de se former, de s'éduquer, bref d'apprendre tout au moins l'essentiel. Par essentiel j'entends juste ce qu'il leur faut connaître pour gagner un plus sur le produit de leur travail et comment ils peuvent accéder aux programmes d'appui au développement rural qui leur sont destinés. En fait de pauvres je ne parle ici que des petits paysans à l'exclusion des citadins périphériques que je côtoie peu pour bien connaître.

En effet,à mon humble avis, l'obstacle majeur qui empêche le progrès des paysans est avant tout l'ignorance qui offre l'opportunité à de nombreux intermédiaires de profiter indûment du fruit de leur dure labeur sans le moindre souci. Ces intermédiaires sont de deux ordres: ceux du commerce et ceux de l'administration.

1) Contre les premiers qui se déplacent jusqu'aux confins des campagnes pour acheter du bétail et des récoltes, même sur pieds au petits producteurs, le remède simple mais peut être difficile à mettre en oeuvre (pas impossible) est sans conteste d'apprendre aux paysans à savoir calculer le coût de revient de leurs biens produits. En effet, dans une très grande proportion, les paysans ne tiennent jamais compte du coût de la main d'œuvre, fût-elle familiale et encore moins de ce qu'ils consomment pour produire. Certains même ne tiennent pas compte du prix des intrants acquis à prix élevé pour produire au moment de vendre le produit. Ici donc il me semble que les Etats des pays sous développés ainsi que tous les Programmes mis sur pieds pour lutter contre la pauvreté devraient aider même d'office les paysans à connaître la méthode de calcule du coût de production. J'imagine par exemple l'organisation d'une sorte de journée nationale ou internationale d'apprentissage semblables aux journée de vaccination qui ont permis d'éradiquer de nombreuses maladies; la pauvreté en est bien une et il me semble que l'argent dépensé éventuellement à cette effet serait largement inférieur aux milliards de dollars qui sont détournés chaque année au nom de cette lutte sur le dos des paysans. Ceci m'emmène droit à l'autre catégorie d'intermédiaires.

2) Les intermédiaires de l'administration: Ce sont d'une part les fonctionnaires et agents de l'Etat par qui transitent toutes les informations et tous les appuis destinés aux paysans. Mais aussi, d'autre part, les responsables de ce qui est convenu d'appeler désormais les Réseaux d'Organisations de Producteurs (OP), que cela s'appelle association, groupe, fédération, union...
  • Les agents de l'administration devraient être autant que possible être écartés du circuit des programmes de développement et, au plan national, ils ne devraient avoir que la tâche d'enquêter sur l'existence réelle des organisations déclarées.
  • Quant aux responsables des OP il apparaît de plus en plus, malheureusement, que la plupart des groupements qu'ils représentent ont une base fantôme. En effet, lorsqu'un intellectuel s'engage à créer une organisation de plusieurs centaines, voir milliers de paysans, il à recours pour ce faire aux petites organisations existantes. En générale il se contentera des papiers officiels qui lui sont présentés par les responsables de petites organisations. Or en réalité certaine petites organisation sont créées par les fonctionnaires et n'ont pas de membres parmi les paysans; d'autres existent avec leurs membres paysans, mais ceux ci ne sont jamais au courant qu'il font partie d'un groupe plus grand et par conséquent ne participent jamais aux retombés de leur adhésion à la grande organisation dont les limites dépassent parfois les frontières terrestres.

    En conclusion deux objectifs prioritaires sont à rechercher par tout organisme désireux d'améliorer la situation des petits producteurs :
  • D'abord atteindre les véritables populations cibles, ce qui exige l'adoption d'une stratégie pour éviter que les intermédiaires n'interceptent la totalité des fruits du programme.
  • Ensuite rendre l’impact du programme durable, en aidant les paysans à connaître comment calculer le coût de revient de leurs produits.

    Adolphe KUE SOUOP, agriculteur déficient auditif;
    BP.383 Bafoussam, République du Cameroun.
    http://www.cooperation.net/kuesouop