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jeudi 20 novembre 2008
Quelques poèmes

  
Source de l'info :
Posté par jacques.mayoud le samedi 03 juin 2006. nombre de visites: 1187
Les instruments, la nuit
(spectacle "les pieds dans l'eau" / CD "Des sons dans l'eau")


La nuit, il y a comme un mystère dans l'eau

La nuit, quand les musiciens sont enfin endormis
leurs instruments prennent le large
et deviennent des barques, des navires, des bateaux
qui descendent les ruisseaux, les fleuves et les rivières

La nuit, quittant la terre trop ferme et le noir des étuis
des orchestres entiers appareillent sans bruit
Et tous ceux-là faits de bois, de cordes et de métal
avancent vers les berges, avancent vers les quais
pour entrer un par un dans l'onde originelle

La nuit, d'étranges armadas glissent le long des rives
violes de gambe, violes d'amour, vielles à roue
aux belles figures de proue,
flotilles de violons, cellos et contrebasses
tous silencieux
descendent vers la mer
l'archet devenu mât et les cordes aubans

Leurs âmes sondent le fond de ce lit magnifique

La nuit, mille vaisseaux tranquilles et muets
sans chargement
sans équipage ni capitaine
sans ancre
sans armes ni bagages
quittent le monde des bruyants
De leurs ouïes ne parviennent que murmures
craquements sourds
bourdonnements lointains

Une musique lente monte du coeur de l'eau
et le temps se prépare à changer de durée
à n'être plus le même
à n'être plus le maître

La nuit, il y a comme un mystère dans l'eau
On croit entendre une chanson,
mais elle disparaît



Jacques Mayoud




En cueillant le raisin bleu
inédit



Vingt et un septembre
Premier jour d’automne
Tombée de la nuit

Assis sur le mur moussu du jardin
Je cueille le raisin bleu
En remplis trois paniers
Claire et mince, la lune me regarde
Traînées de nuages, ciel magnifique
Restes de fumée
d’un feu d’herbes que j’ai fait
L’air est empli de paix
Éclatant sur le vert franc de l’herbe
les crocus d’automne font feu
de tout leur jaune
Je libère de la vigne une graine de chardon
qui s’envole
doucement
vers le verger.





solstice d’hiver



dans le repliement
nécessaire
pour affronter le passage
aller vers plus de clarté
je ne vous oublie pas
amis de long temps
vous êtes là
sous la neige des jours
qu’un souffle parfois
fait fondre




Chonas, 21 décembre 2005




la chambre forêt



Je suis venu, je suis entré
dans la chambre forêt

dans la chambre forêt
comme une odeur de pommes
le vieux fauteuil anglais
m’invite à faire un somme

sur la cheminée de marbre vert
les seins de bronze de Joséphine
sur le buste poli et fier
la jade, l’émeraude
les perles fines

et moi comme un voleur je rôde
autour du lit défait
dans la chambre forêt

par la fenêtre ouverte
je l’aperçois dans le jardin
assise à l’ombre du tilleul

me vient alors à la bouche
un ancien goût d’absinthe

mais la bouteille est vide

et comme je suis venu je m’en vais
de la chambre forêt




Vauxrenard, 1991



Qu’importe !



qu'importe le flocon

pourvu qu’il y ait la neige


qu'importe la saison



qu'importe la raison




qu'importe le raisin





qu’importe la bouteille






pourvu qu’il y ait oubli








pourvu qu’il y ait foison










pourvu qu’il y ait largesse




Chonas, 2005



Ma fille retrouvée




Cette nuit
n’y tenant plus
je suis allé te chercher
dans la maison haute des enfants seuls
Mes amis m’ont aidé à forcer la porte
elle avait résisté à toutes mes clefs
Vite j’ai gravis l’escalier étroit
qui menait jusqu’à ton nom
J’ai berné les gardiens de ta peur
avec le premier stratagème venu
et je t’ai vue
Pendant un instant
tout s’est brouillé dans ma mémoire
Qui étais-tu ?
Quel âge avais-tu ?
Je ne voyais que ton regard
que les yeux immenses de la détresse
Heureusement ton sourire
tant attendu
est venu rallumer
tes six ans oubliés
Et nous voilà serrés
ton visage sur mon cœur
emportés
tous les deux
par ce soudain boheur
tournoyant basculant disparaissant au loin
pour ne plus devenir qu’un point
dans l’avenir fragile
d’un rêve
fini
ssa
nt
.



Lyon, 1984
(rêve de la nuit du 25 au 26 septembre 1984



Douce fulgurance




un autre,
un de plus,
un nouveau crépuscule
du printemps à l’été

odeur enivrante du chèvrefeuille
de l’herbe fraichement coupée
goût sucré de la fraise tout juste croquée
– sang qui tache mes doigts –
clocher au loin qui sonne vingt heures
rares nuages roses sur ciel mauve
lune blanche, bientôt pleine
buse planant très bas au-dessus du jardin
juste au-dessus de moi

arrivant par surprise
tel le grand oiseau
découpant l’espace de son vol immense
la pensée de toi
qui me traverse
me remplit

douce fulgurance





Chonas, 9 juin 2006



(à suivre)



Jacques Mayoud
53 chemin de la Roue 38121 CHONAS L'AMBALLAN
Tél 09 77 33 38 94 / Tél mob 06 79 85 46 97
courriel : jacques.mayoud(arobase)wanadoo.fr


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