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de l'info : |
| Posté par jacques.mayoud
le samedi 03 juin 2006.
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Les instruments, la nuit
(spectacle "les pieds dans l'eau" / CD "Des sons dans l'eau")
La nuit, il y a comme un mystère dans l'eau
La nuit, quand les musiciens sont enfin endormis
leurs instruments prennent le large
et deviennent des barques, des navires, des bateaux
qui descendent les ruisseaux, les fleuves et les rivières
La nuit, quittant la terre trop ferme et le noir des étuis
des orchestres entiers appareillent sans bruit
Et tous ceux-là faits de bois, de cordes et de métal
avancent vers les berges, avancent vers les quais
pour entrer un par un dans l'onde originelle
La nuit, d'étranges armadas glissent le long des rives
violes de gambe, violes d'amour, vielles à roue
aux belles figures de proue,
flotilles de violons, cellos et contrebasses
tous silencieux
descendent vers la mer
l'archet devenu mât et les cordes aubans
Leurs âmes sondent le fond de ce lit magnifique
La nuit, mille vaisseaux tranquilles et muets
sans chargement
sans équipage ni capitaine
sans ancre
sans armes ni bagages
quittent le monde des bruyants
De leurs ouïes ne parviennent que murmures
craquements sourds
bourdonnements lointains
Une musique lente monte du coeur de l'eau
et le temps se prépare à changer de durée
à n'être plus le même
à n'être plus le maître
La nuit, il y a comme un mystère dans l'eau
On croit entendre une chanson,
mais elle disparaît
Jacques Mayoud
En cueillant le raisin bleu
inédit
Vingt et un septembre
Premier jour d’automne
Tombée de la nuit
Assis sur le mur moussu du jardin
Je cueille le raisin bleu
En remplis trois paniers
Claire et mince, la lune me regarde
Traînées de nuages, ciel magnifique
Restes de fumée
d’un feu d’herbes que j’ai fait
L’air est empli de paix
Éclatant sur le vert franc de l’herbe
les crocus d’automne font feu
de tout leur jaune
Je libère de la vigne une graine de chardon
qui s’envole
doucement
vers le verger.
solstice d’hiver
dans le repliement
nécessaire
pour affronter le passage
aller vers plus de clarté
je ne vous oublie pas
amis de long temps
vous êtes là
sous la neige des jours
qu’un souffle parfois
fait fondre
Chonas, 21 décembre 2005
la chambre forêt
Je suis venu, je suis entré
dans la chambre forêt
dans la chambre forêt
comme une odeur de pommes
le vieux fauteuil anglais
m’invite à faire un somme
sur la cheminée de marbre vert
les seins de bronze de Joséphine
sur le buste poli et fier
la jade, l’émeraude
les perles fines
et moi comme un voleur je rôde
autour du lit défait
dans la chambre forêt
par la fenêtre ouverte
je l’aperçois dans le jardin
assise à l’ombre du tilleul
me vient alors à la bouche
un ancien goût d’absinthe
mais la bouteille est vide
et comme je suis venu je m’en vais
de la chambre forêt
Vauxrenard, 1991
Qu’importe !
qu'importe le flocon
pourvu qu’il y ait la neige
qu'importe la saison
qu'importe la raison
qu'importe le raisin
qu’importe la bouteille
pourvu qu’il y ait oubli
pourvu qu’il y ait foison
pourvu qu’il y ait largesse
Chonas, 2005
Ma fille retrouvée
Cette nuit
n’y tenant plus
je suis allé te chercher
dans la maison haute des enfants seuls
Mes amis m’ont aidé à forcer la porte
elle avait résisté à toutes mes clefs
Vite j’ai gravis l’escalier étroit
qui menait jusqu’à ton nom
J’ai berné les gardiens de ta peur
avec le premier stratagème venu
et je t’ai vue
Pendant un instant
tout s’est brouillé dans ma mémoire
Qui étais-tu ?
Quel âge avais-tu ?
Je ne voyais que ton regard
que les yeux immenses de la détresse
Heureusement ton sourire
tant attendu
est venu rallumer
tes six ans oubliés
Et nous voilà serrés
ton visage sur mon cœur
emportés
tous les deux
par ce soudain boheur
tournoyant basculant disparaissant au loin
pour ne plus devenir qu’un point
dans l’avenir fragile
d’un rêve
fini
ssa
nt
.
Lyon, 1984
(rêve de la nuit du 25 au 26 septembre 1984
Douce fulgurance
un autre,
un de plus,
un nouveau crépuscule
du printemps à l’été
odeur enivrante du chèvrefeuille
de l’herbe fraichement coupée
goût sucré de la fraise tout juste croquée
– sang qui tache mes doigts –
clocher au loin qui sonne vingt heures
rares nuages roses sur ciel mauve
lune blanche, bientôt pleine
buse planant très bas au-dessus du jardin
juste au-dessus de moi
arrivant par surprise
tel le grand oiseau
découpant l’espace de son vol immense
la pensée de toi
qui me traverse
me remplit
douce fulgurance
Chonas, 9 juin 2006
(à suivre)
Jacques Mayoud
53 chemin de la Roue 38121 CHONAS L'AMBALLAN
Tél 09 77 33 38 94 / Tél mob 06 79 85 46 97
courriel : jacques.mayoud(arobase)wanadoo.fr
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