Introduction
Les mécanismes qui sont à l’origine de la crise dramatique de la biodiversité sont essentiellement d’origine anthropique. Depuis son apparition sur terre il y a environ cinq millions d’années, l’homme a profondément modifié son environnement afin d’en tirer ses propres ressources. Avant la révolution industrielle, cette emprise humaine freinée par une croissance démographique faible et par les contraintes techniques ne s’est opérée que lentement permettant dans de nombreux cas aux espèces et communautés de s’adapter aux changements intervenus. Cependant, les progrès considérables des connaissances scientifiques et de l’industrialisation ont permis à l’homme d’exploiter de plus en plus intensivement l’environnement naturel à un rythme auquel les autres organismes n’ont pu s’adapter. Aujourd’hui, la transformation des écosystèmes naturels et semi-naturels par la déforestation, la mise en culture, l’assèchement et l’urbanisation, l’intensification et la mécanisation des pratiques agricoles, la surexploitation des populations animales de certains groupes d’espèces (mammifères marins, poissons à valeur commerciale, grands félins, etc.), l’introduction d’espèces exotiques, le réchauffement climatique, la désertification et la pollution généralisée de l’environnement sont autant de causes directes de la dégradation accélérée de l’environnement et de l’érosion de la biodiversité dans le monde.
En Afrique, et chez la plus part des peuples qualifiés d’indigènes, l’équilibre homme-nature a été autant que possible préservé jusqu'à un passé récent. Mais à l’avènement de la colonisation, la civilisation occidentale donc industrielle a été plaquée comme modèle ce qui a de facto provoqué les comportements dégradant ci-dessus évoqués. En effet les Européens ont modernisé ce continent, notamment en y effectuant de grands travaux. Toutefois, ils en ont tiré de grands profits, d'une part en puisant dans ses ressources naturelles, d'autre part en mobilisant ses habitants qui ont versé leur sang durant les deux guerres mondiales et dans d'autres guerres coloniales. C’est ainsi que les forêts tropicales africaines et latino-américaines, les plus riches en diversité biologique ont fait et font encore l’objet d’une surexploitation avec comme conséquences la dégradation des écosystèmes, les menaces d’extinction de certaines espèces animales et végétales faisant l’objet de trafics économiques.
Face à cette situation, la conservation de la diversité biologique est devenue un défi majeur tant pour des raisons écologiques (stabilité des écosystèmes, cycles géochimiques) et socio-économiques (alimentation, agriculture, pêche, application industrielle) que pour des raisons simplement éthiques à savoir la valeur intrinsèque de la vie. La communauté internationale face à la dégradation alarmante de l’environnement et l’appauvrissement accéléré de la biodiversité, se dote progressivement d’un arsenal d’instruments juridiques visant essentiellement dans un premier temps à réglementer l’exploitation de certains groupes d’espèces (mammifères marins, oiseaux, poissons) pour ensuite s’attacher à préserver de façon spécifique divers éléments de la biodiversité (espèces menacées, habitats, écosystèmes remarquables ou vulnérables, ressources génétiques...). Il s’agit là d’une démarche qui vise à concilier la conservation des ressources naturelles et le développement économique. En outre, le droit international de l’environnement dans son ensemble a contribué à façonner le cadre juridique international de la biodiversité par l’élaboration des règles sectorielles visant à prévenir les effets néfastes de certaines activités humaines sur l’environnement (substances dangereuses, déchets, pollution des eaux, risques technologiques, etc.). La conférence onusienne de Rio au mois de juin 1992 a marqué un tournant capital dans l’évolution des politiques de conservation de la diversité biologique en raison de l’adoption de l’agenda 21, véritable référence en matière de développement durable et de la Convention sur la diversité biologique. De nombreux pays ont ratifié cette convention au rang desquels notre pays le Togo qui s’engage donc à œuvrer pour l’application de cette convention pour une gestion rationnelle de ces ressources naturelles. Dès lors le Togo, à l’instar de nombreux pays du monde, a entrepris l’élaboration des programmes et stratégies de gestion rationnelle de l’environnement et de la diversité biologique. On peut l’illustrer par le Plan National d’Action Environnemental et la monographie nationale de la diversité biologique qui est en fin de rédaction.
La présente communication vise à analyser les interactions population humaine –environnement dans le cadre d’un développement durable. Il s’agit précisément de :
Relever les principaux problèmes environnementaux, leurs causes et leurs conséquences ;
Relever les outils actuels de gestion des ressources naturelles ;
Analyser la situation au Togo et dans le préfecture de Doufélgou ;
Proposer des approches de solution.
1. Définition de quelques concepts
Environnement
Le sens premier du mot environnement est : enclore, entourer, environner, soit autant de mots dont la dimension spatiale nous parle de ce qui est autour : un espace circonscrit.
De nombreuses définitions sont données au mot environnement parmi lesquelles celle du dictionnaire Hachette : « Ensemble des éléments constitutifs du milieu d’un être vivant ». C’est l’ensemble des éléments constitutifs du paysage naturel ou du paysage artificiellement créé par l’homme. Le climat, la géologie, la pédologie, l’hydrologie, la flore et la faune sont les éléments essentiels du paysage naturel. L’action humaine sous ses diverses formes (défrichement, déboisement, mise en culture, construction de barrages, de routes, d’usines, appropriation des lieux habités, etc.) constitue le facteur déterminant du paysage artificiel. Cette spécialisation va servir d’abord de modèle pour la description et l’analyse du milieu naturel (correspondance dans le temps avec une prise de conscience d’une nécessaire protection de la terre par la protection de sites naturels remarquables et la gestion des déchets). Le mot environnement est donc surtout employé pour désigner la nature et sa protection et finit par se confondre avec celle-ci, même dans les discours.
L’aménagement rationnel du territoire, la préservation des sites, la protection de la flore et de la faune, la lutte contre la pollution sont les grands traits d’une politique moderne de l’environnement.
La biodiversité
La biodiversité selon Neely et al. (1990) englobe toutes les espèces végétales, animales et les micro-organismes et les écosystèmes ainsi que les processus écologiques dans lesquels ils prennent part. Il s’agit d’un concept né à la conférence de Rio sur l’environnement et le développement pendant laquelle a été signée la Convention sur la Diversité Biologique le 5 juin 1992. La convention sur la diversité biologique définit la diversité biologique, comme la variabilité des organismes vivants de toute origine y compris entre autres les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité des gènes, des espèces ainsi que celles des écosystèmes.
La diversité biologique s’est constituée progressivement au fil de l’évolution biologique et continue à se complexifier par l’effet de l’adaptation génétique des espèces aux changements de leur milieu. Les communautés elles-mêmes évoluent au gré des fluctuations de leur environnement, selon des processus complexes et historiques qui expliquent l’état actuel de la biosphère. Les premiers êtres vivants sont apparus dans les océans sous forme de bactéries primitives il y a environ 3,5 millions d’années, pour ensuite se diversifier en une multitude d’organismes de toutes formes et de toutes tailles. Ils sont aujourd’hui répartis en cinq grands règnes (animaux, plantes, champignons, bactéries et protistes) eux-mêmes divisés en sous unités systématiques se succédant depuis l’embranchement jusqu’à l’espèce. Actuellement, l’homme est loin de connaître l’ensemble des espèces qui peuplent la terre. Alors que les scientifiques estiment à plus de 10 millions le nombre total d’espèces, seuls 1.320.000 espèces d’animaux ont étés décrits.
Développement durable
Utilisé pour la première fois par l’UICN dans son ouvrage Stratégie Mondiale pour la Nature en 1980, l’expression développement durable sera mise en l’honneur par Mme Gro Harlem Brundtland et consacrée par la conférence de Rio en 1992 sur l’environnement et le développement. Le développement durable est défini comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs (Holec 1998). Ce nouveau concept exprime la rupture de l’idéologie du développement et de la modernisation qui a prévalu depuis la seconde guerre mondiale. Le développement durable vise donc à réconcilier la croissance économique avec la protection de l’environnement et la cohésion sociale. Son principe est d’accroître le bien être sans détruire l’environnement naturel. Pour Deléage J.P. (1997 Pour un écosocialisme. Le Monde, 6 juin 1997) le développement durable conduit « à un réexamen en profondeur du rapport des sociétés à la nature, à l’économie et au travail et finalement à la démocratie.
Populations
En biologie la population est définie comme l’ensemble des individus d’une même espèce animale ou végétale, vivant dans une même région. La population humaine, celle dont il est question dans le présent exposé est l’ensemble des habitants d’un pays, d’une ville, d’un village. Par ailleurs elle peut est considérée comme l’ensemble des membres d’une classe ou d’une catégorie sociale particulière : population rurale, scolaire, population active : ensemble des personnes exerçant habituellement une activité professionnelle.
2. Populations et environnement
2.1. Principaux problèmes d'environnement
- Dans le monde
Les sociétés pré industrielles ont profondément bouleversé les milieux naturels, à la différence des sociétés de collecteurs-chasseurs, car leurs besoins exigèrent une transformation profonde de certains écosystèmes affin d’en accroître la productivité. L’action de l’homme a tendu à canaliser les productions des écosystèmes dans un sens strictement anthropique et ce au détriment des écosystèmes primaires. Ces transformations ont entraîné l’assèchement des zones humides, le déboisement massif ainsi que la raréfaction de nombreuses espèces d’animaux et de plantes sauvages (J. Dorst 1978 : Avant que nature ne meure. Paris, p 16). Aux écosystèmes naturels se substituèrent des agro-écosystèmes, les cheptels de grands mammifères sauvages furent remplacés par des espèces domestiqués de même qu’une flore génétiquement réduite prit la place de multiples espèces végétales (J.P. Deleage 1991 : L’histoire de l’écologie, une science de l’homme et de la la nature. Paris, la découverte, 1991. p253.). A l’avènement de la société industrielle, la transformation de la nature s’est intensifiée de façon considérable par rapport aux siècles précédents. Les rapports entre les sociétés humaines et le monde naturel allaient connaître une rupture complète le progrès entraînant de la sorte de profonds bouleversements.
Ainsi après des milliards d’années d’évolution et seulement quelques dizaines de milliers d’années d’utilisation par l’homme, la diversité biologique connaît aujourd’hui une crise majeure. Les espèces subissent aujourd’hui un rythme sans précédent d’extinction, comparable selon certains auteurs, aux cinq grandes crises d’extinction massive qu’a connu la planète au cours de son évolution (R. Leakey et R. Lewin 1997 : La sixième extinction : évolution et catastrophes, Paris, Flammarion, 340p.) Au niveau mondial, on estime que 654 espèces végétales et 484 animales ont disparu depuis le début du 17è siècle dont 58 espèces de mammifères et 115 espèces d’oiseaux (UNEP/WCNC 2000 : Global diversity. Earth’s living Resources in the 21st century, Cambridge, Aventis Foundation). La disparition des milieux fragiles comme les zones humides, les forêts tropicales ou les mangroves s’est accélérée depuis le début du 20e siècle au point de ne plus couvrir qu’une fraction infime de leurs superficies antérieures.
Face à une croissance démographique rapide, la surexploitation des ressources naturelles des zones à fort potentiel et l’exploitation des écosystèmes à faible potentiel sont devenues inévitables. L’accélération constante de la dégradation des ressources naturelles crée un cercle vicieux dans lequel l’accroissement démographique et l’aggravation de la pauvreté vont de pair. La dégradation de l’environnement a même un effet plus catastrophique sur la sécurité alimentaire des ménages. En plus de la simplification des écosystèmes, la dégradation de l’environnement entraîne l’érosion de la diversité biologique. La Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement (CNUED, Rio de Janeiro, juin 1992) a été l'occasion pour les pays participants de faire le point sur l'état de leur environnement.
- En Afrique
Les problèmes environnementaux typiques en Afrique subsaharienne et particulièrement au Togo sont sans conteste la dégradation des ressources forestières, la dégradation des terres provoquée par l’homme, la dégradation ou la pollution de la nappe phréatique et des eaux. Ensuite vient l'inadéquation de l'environnement urbain, dont deux aspects dominant ce secteur sont : l'insuffisance du traitement des déchets ménagers et parfois industriels, source d'insalubrité générale et de pollutions spécifiques ; la congestion et l'inadéquation de l'habitat.
Les grands problèmes de dégradation des terres sont dus essentiellement au pratiques agricoles défectueuses, à la réduction de la couverture végétale, à l’érosion hydrique et éolienne, au surpâturage. Les pratiques agricoles défectueuses comprennent généralement la mise en culture de sols fragiles, la réduction de la durée des jachères sans fertilisation compensatoire, l'irrigation de sols non adéquats, l'usage impropre du feu pour les défrichements et le détournement des cours d'eau pour l'irrigation. La détérioration chimique autre processus de dégradation du sol due à l’homme est caractérisé par l’épuisement des éléments nutritifs et la salinisation des sols. L’épuisement des éléments nutritifs découle des brûlis de broussailles et de l’extraction des nutriments résultant des cultures et du pâturage, tandis que la salivation et l’acidification des sols sont dues à l’exploitation inappropriée des terres humides et des zones côtières, et à l’utilisation d’engrais et d’autres substances chimiques agricoles. Les pratiques traditionnelles - jachère, rotation et association des cultures, fumure, utilisation des résidus des récoltes - telles qu’elles sont employées aujourd’hui, ne suffisent plus à maintenir la productivité des terres, provoquant une baisse de la fertilité des sols due à l’épuisement des éléments nutritifs et la mise en culture de zones plus fragiles. Cependant, une utilisation appropriée de ces mêmes pratiques pourrait contribuer à améliorer sensiblement la fertilité du sol. La mise en culture de terres fragiles a plusieurs effets négatifs sur l’environnement et notamment l’acidification des sols, la destruction du couvert forestier et l’accroissement de l’érosion.
Les cultures itinérantes à cycles rapprochés sont largement pratiquées et représentent la principale cause de déboisement et de perte de la biodiversité. Cependant, la mise en jachère des champs pendant une longue période limite, lorsque la densité démographique est encore faible, l’incidence négative de cette pratique culturale sur les ressources naturelles. Lorsque la densité démographique est relativement élevée, le raccourcissement de la période de jachère et la mise en culture de zones plus marginales accélèrent la dégradation des ressources naturelles, à savoir l’appauvrissement des terres, le déboisement et la perte de la biodiversité. Les taux de déboisement des forêts africaines sont très élevés et peuvent atteindre des centaines de milliers d’hectares par an.
Outre l’incidence négative de l’agriculture et de l’élevage sur les ressources végétales, la surexploitation de la forêt pour le bois, le combustible et les fibres est également une des principales causes de déboisement et de perte de la biodiversité dans toute la région subsaharienne. Les forêts couvrent actuellement près de 520 millions d’hectares, soit environ un tiers de la superficie terrestre de l’Afrique, dont 48,3 % se trouvent en zone humide d’Afrique centrale.
La dégradation ou la pollution de la nappe phréatique et des eaux de surface en Afrique est due essentiellement aux activités agricoles. Les engrais et les autres substances chimiques utilisées en agriculture polluent les eaux, et ce faisant, menacent la vie aquatique. Il est également démontré que l’irrigation, malgré son utilité, a un effet très négatif sur l’environnement, car elle bouleverse le système hydrique et les caractéristiques limnologiques des bassins hydrologiques (FAO, 1997). La surexploitation des eaux souterraines peut entraîner un abaissement de la nappe phréatique, un affaissement de la terre, une diminution de la qualité de l’eau et des infiltrations d’eau salée en zones côtières. En ce qui concerne les ressources biologiques aquatiques, la surexploitation des ressources halieutiques et l’utilisation de techniques de pêche inappropriées ont accéléré l’épuisement des stocks de poissons et des autres ressources biologiques aquatiques tant dans les eaux intérieures que dans les océans.
En résumé, les principaux processus qui entraînent une dégradation des ressources naturelles en Afrique subsaharienne sont les cultures, le surpâturage, la surexploitation des ressources halieutiques, le déboisement et la surexploitation des autres types de végétation.
- Cas du Togo
Le Togo à l’instar des autres pays africains est confronté à des problèmes environnementaux engendrés par la dégradation des ressources naturelles et du cadre de vie. Ces problèmes vont de la dégradation des sols à la pollution des écosystèmes et de la nappe phréatique en passant par le déboisement des formation naturels. Le dispositif institutionnel et juridique mis en place dès le milieu des années 80 n'a pas produit tous les effets escomptés.
Le couvert forestier disparaît à un rythme annuel de 15.000 ha avec tout un corollaires de conséquences. La principale conséquence de la déforestation est la dégradation et l’érosion des sols (accentués dans les régions à relief accidenté comme Doufélgou). Cette dégradation des sols est accentuée par l’exploitation intensive des sols et certaines pratiques culturales préjudiciables à l’environnement (cultures sur brûlis, défrichement par les feux de brousse, réduction de la durée de la jachère, utilisation des pesticides, etc.) auxquelles les agriculteurs font souvent recours.
Les sols cultivables représentent 64 % du territoire national. Près de la moitié est peu fertile. La baisse de la productivité des sols, résultant de leur dégradation, affecte environ 90 % des terres cultivées. Aussi, est-elle liée à leur surexploitation, aux pratiques agricoles inadaptées, aux feux de brousse, au déboisement, au surpâturage et à l’érosion dans les zones fragiles et sur les terres marginales. Il en résulte une perte de la fertilité des sols et de fortes menaces de désertification.
Les massifs forestiers se dégradent. En 1993, ils couvraient 1.396.200 ha et subissaient annuellement un déboisement de 15.000 ha contre 1.000 ha de reboisement. La dégradation des peuplements forestiers du couvert végétal est due à l’exploitation de bois de chauffe, de bois d’œuvre, la production du charbon, le défrichement à des fins agricoles, les feux de brousse et une transhumance non contrôlée du bétail.
Les aires protégées (forêts classées, réserves de faune et parcs nationaux) couvraient une superficie d’environ 800.000 ha en 1990, soit 14 % du territoire national. Elles ont été envahies par les populations dans des proportions allant de 30 à 100 % depuis les troubles socio-politiques de 1991-1993. L’occupation et la destruction des habitats naturels de la faune ainsi que le braconnage ont eu pour conséquence une nette réduction du cheptel sauvage avec surtout la raréfaction des grands mammifères et d’autres espèces animales.
Le Togo dispose d’abondantes ressources en eau de surface, évaluées entre 8 et 12 milliards de m3 d’eau en moyenne par an. Mais la disponibilité des eaux souterraines varie considérablement d’une région à l’autre. La surexploitation des formations aquifères du bassin côtier pour l’approvisionnement de Lomé, entraîne leur épuisement et salinisation progressifs avec la pénétration de l’eau saumâtre. La mauvaise gestion des eaux usées et des déchets ménagers, commerciaux et industriels, entraîne, à la faveur des inondations et infiltrations, la pollution de l’aquifère quaternaire du système lagunaire. La dégradation du couvert végétal et des galeries forestières ainsi que l’érosion des sols, entraînent un envasement des cours d’eau, provoquant des inondations en saisons pluvieuses et des assèchements prématurés en saisons sèches. Les deux principaux bassins versants dont dispose le pays, ceux de l’Oti et du Mono, sont sérieusement menacés par la dégradation du couvert végétal et des sols, particulièrement celui du Mono, qui subit en plus, les impacts négatifs des activités industrielles et du barrage hydroélectrique de Nangbéto.
Le Togo dispose de ressources halieutiques maritimes, lagunaires et continentales en quantité relativement limitée dont l’exploitation représente respectivement : 75 %, 15 % et 10 % environ de la production nationale. Aussi, le pays recourt-il à des importations pour combler son déficit en produits halieutiques. Les ressources halieutiques lagunaires sont très menacées par la pollution, l’envasement et les perturbations du système lagunaire alors que les rares ressources halieutiques continentales sont exploitées par des méthodes de pêche irrationnelles.
L’utilisation croissante de pesticides, l’accumulation des déchets industriels ou domestiques, les rejets urbains et les engrais concourent à polluer l’ensemble des écosystèmes, y compris l’atmosphère. Les fleuves, les rivières et le littoral du pays sont particulièrement touchés par ces pollutions. En ce qui concerne les engrais riches en nitrates, dans le cas de la pollution diffuse, la part de nitrates, par exemple, non utilisée par les plantes est transportée vers les eaux souterraines et les cours d’eau. Il en est de même pour les pesticides (gamme de produits de type insecticide fongicide, herbicide, etc.… utilisés dans l’agriculture intensive).
L’écosystème littoral est sérieusement menacé par l’érosion côtière, pollué par les rejets de déchets solides et effluents provenant des villes côtières et le délestage en mer des navires. L’envasement dû aux apports de colluvions par les eaux de ruissellement et la pollution causée par le rejet des déchets solides et effluents des établissements humains côtiers perturbent l’écosystème lagunaire. Les mangroves, qui servent d’habitat à des espèces de faune aquatique, sont dégradées par l’exploitation du bois de chauffe et la pollution.
- Gros plan sur la préfecture de Doufélgou
Localisé dans le Nord-Togo, précisément dans la zone écologique II (Ern 1979), la préfecture de Doufélgou n’est pas épargnée par les problèmes environnementaux évoqués plus haut. En effet la cohabitation homme-ressources naturelles n’est pas des meilleures.
La pauvreté extrême des sols constitue l’un des grands problèmes environnementaux de la préfecture. Ces sols soumis à une surexploitation depuis des générations sont presque épuisés de leurs éléments nutritifs. En effet la pression démographique ne permet plus la pratique de la jachère de longue durée (Wala 2001). De plus les changements culturels conduisent à l’abandon des pratiques culturales traditionnelles qui permettaient tant soit peu de préserver la qualité du sol ou de la restaurer. L’introduction de nouvelles espèces très exigeantes (maïs, coton, etc.) a engendré l’utilisation systématique des engrais chimiques et des pesticides, ce qui n’est pas sans causer des problèmes de pollution des sols et de la nappe phréatique. L’érosion est très prononcée surtout sur le plateau de Niamtougou où l’on rencontre ça et là des affleurements de cuirasses latéritiques.
Les ressources forestières de la préfecture de Doufélgou sont sous une pression sans précédente. Autrefois déboisée pour l’installation des champs et pour le bois d’énergie, les formations végétales font aujourd’hui l’objet d’une exploitation pour le bois d’œuvre. En effet, les reliques d’espèces comme Khaya senegalensis, Afzelia africana, Antiaris africana, Milicia excelsa etc. sont sciées le long des galeries forestières bordant les cours d’eau, dans la savane et même dans certains îlots de forêts sacrées. Les forêts sacrées autrefois protégées par les règlements coutumiers sont de plus en plus menacées. Leur taille réduite et leur fragmentation freinent les échanges génétiques et le renouvellement naturel. Ces îlots sont aussi rognés par les agriculteurs qui tentent de gagner quelques cm² chaque année. Les feux rituels et accidentels achèvent le décor des menaces qui pèsent sur ce patrimoine culturel et écologique. Cette emprise sur les îlots de forêts sacrée serait en grande partie due aux changements culturels chez les jeunes générations suite à l’éducation et aux nouvelles religions tel le christianisme. La violation de ces sanctuaires culturo-écologiques s’est illustrée dernièrement par le sciage des reliques de pieds d’iroko dans les cantons de Baga et de Ténéga.
En raison de la récolte de bois de chauffe et de la fabrication du charbon de bois, de vastes étendues de forêts claires ont été décimées sur les monts Défalé. Les montagnes et collines présentes une nudité incroyable et ne sont couverts que de savanes arbustives à forte dominance de graminées qui brûlent chaque saison sèche aggravant ainsi le triste sort réservé aux ressources naturelles dans la préfecture de Doufélgou. Même la palmeraies sub-naturelle de Niamtougou richesse indéniable des nawdba est aujourd’hui en dégradation. En effet on note un vieillissement de cette palmeraie sans qu’aucune action d’aménagement ne soit entreprise. Ce manque d’aménagement est à la base de l’existence de buissons de palmiers que l’on observe partout sur le plateau et qui dans certains cantons (Koka, Baga, Ténéga) brûlent suite à des feux accidentels ou mêmes prémédités.
Les ressources en eaux telles que les rivières, les ruisseaux, et les sources font l’objet de pollution et de comblement suite à la dégradation de la végétation des berges. Des sources légendaires comme la source Guil de Baga ne sont pas entretenues et les arbres qui entouraient cette source ont été abattus. Les puits sont sans margelles hautes recevant ainsi les déchets (déjections, paille, etc.) de toutes sortes, causes de nombreuses maladies. Notons que depuis un moment ce problème est en cours de résolution à Baga où l’on note la construction de margelles. L’enterrement des cadavres humains dans les habitations à proximité des puits constitue aussi une autre source de pollution de leurs eaux.
2.2. Cause fondamentale de la dégradation des ressources naturelles
La pression démographique croissante exercée sur les ressources naturelles, qui a bouleversé l’équilibre délicat entre les méthodes de production traditionnelles et la base de ressources naturelles, est la cause fondamentale de la dégradation des ressources naturelles dans le monde et en particulier dans les pays africains. Il est intéressant de noter que le phénomène de la dégradation de l’environnement est en relation assez directe avec les facteurs démographiques. Par exemple, tant que le mode de fourniture de l'énergie pour les besoins domestiques reste dépendant de la production forestière (bois et charbon de bois) la croissance de la population, ou plus exactement des ménages, détermine largement le rythme d'exploitation. Dès lors que ce rythme excède le croît naturel de la végétation, les prélèvements réduisent progressivement le capital productif. On le constate dans notre préfecture autour de nous, où les zones déboisées s'étendent en cercles de rayon croissant.
L'explosion démographique concerne les continents les plus pauvres : l'Afrique, où les disponibilités alimentaires ont déjà baissé, où le développement économique et social demeure le plus fragile et où la situation sanitaire est souvent dramatique ; l'Asie, où la pauvreté demeure un fléau de masse et où les densités sont déjà extrêmement fortes.
Dans les pays développés c’est surtout les technologies modernes et l’idéologie du développement et de la modernisation qui a prévalu depuis la seconde guerre mondiale qui constituent les principales causes de la dégradation de l’environnement.
2.3. Conséquences de la dégradation de l’environnement
Dans un grand nombre de pays dans le monde, la dégradation de l'environnement mène à la détérioration de la santé humaine, freinant ainsi le développement social et économique. Le lien étroit entre la santé humaine et la dégradation de l'environnement est au cœur même de l'atteinte du développement durable.
Au total, l'impact des actions de l'homme sur l'environnement est multiple et multiforme : appauvrissement du stock des ressources non renouvelables telles que les métaux et les minerais, mauvaise gestion des ressources renouvelables conduisant à l'épuisement et à la dégradation, émission de polluants qui portent atteinte à la salubrité de l'environnement (effluents industriels, nuages de gaz d'échappement), production de pollution et de déchets dépassant la capacité d'absorption de la planète.
Aussi les scientifiques prévoient-ils des conséquences catastrophiques pour l'être humain :
la baisse du rendement des cultures,
la propagation des maladies infectieuses,
l'irrégularité des moussons,
la recrudescence des inondations qui priveront à jamais l'humanité de certaines terres,
le réchauffement de la planète résultant de l'appauvrissement de la couche d'ozone chargée de filtrer les rayons ultra violet provenant du soleil.
En somme, c’est la qualité de la vie dans son ensemble qui sera atteinte avec la dégradation de l’environnement. Il existe donc une relation de cause-effet entre l’homme et l’environnement. Il faut donc chercher à concilier le développement économique la protection de l’environnement d’où le concept de développement durable.
3. Le développement durable : que faire ?
La tendance dégradante de l’environnement peut être inversée. Ainsi, il est possible de multiplier la production en deux en réduisant l'utilisation des ressources. En effet, l’augmentation des pressions humaines incita les souverains à assurer la protection des ressources naturelles par des règles cynégétiques et ceci dès la haute antiquité. C’est ainsi que le droit forestier est né à Babylone en 1900 avant JC, le pharaon Akhenaton érigea la première réserve naturelle en 1370 avant JC et l’empereur indien Asoka édicta dès le 3e siècle avant JC le premier édit protégeant différentes espèces d’animaux sauvages (N. de Sadeleer & Ch.H. Born 2003 : Vade-Mecum sur le droit international de la biodiversité. 338p.). De nombreuses aires protégées (réserves naturelles intégrale ou toute activité humaine est interdite, parcs nationaux ouverts au grand public) ont été ainsi créées pour la protection et la conservation de l’environnement. Sur l’initiative de la Grande Bretagne les puissances coloniales adoptèrent la convention relative à la conservation de la faune et de la flore à l’état naturel en Afrique le 8 novembre 1933 à Londres.
Le droit international de l’environnement a évolué en passant par de nombreux traités et conventions allant de la Déclaration de la conférence des nations unies sur l’environnement humain (Stockholm 1972) à celle de Johannesburg sur le Développement durable après la convention de Rio en 1992 sur la Diversité Biologique et celle de Kyoto sur les changements climatique. Le Togo en a ratifié un bon nombre à savoir :
la Convention Africaine sur la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles (Alger 1968) ;
la Convention sur le Commerce international des espèces de la nature et de la flore sauvage menacées d’extinction (CITES), Washington 1978 ;
la Convention relative à la Coopération en matière de protection et de mise en valeur du milieu marin et des zones côtières de la Région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WACAF), Abidjan, 1981 ;
la Convention relative aux zones humides d’importance internationale, particulièrement comme habitat de la Sauvagine, Ramsar, 1971 ;
la Convention sur la Biodiversité Rio 1992;
la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, Kyoto ;
la Convention des Nations Unies pour la Lutte contre la Désertification, Paris, 1994 ;
la Convention de Vienne et le Protocole de Montréal sur les substances qui appauvrissent la Couche d’Ozone.
Ces différents traités, déclarations et conventions prouvent la pise de conscience par l’homme du caractère fini des ressources naturelles et des conséquences néfastes qu’il court face la dégradation croissante de son environnement. Elle indique le souci de l’homme de vivre dans un environnement sain, aménagée et non dégradé.
Le développement durable consiste en bout de ligne à accroître la qualité de vie d'un nombre plus élevé de personnes de façon à maintenir la capacité de la planète à long terme. Il faudra entendre par développement durable que, le développement, essentiel à la satisfaction des besoins humains et à l'amélioration de la qualité de la vie humaine, se fasse par une utilisation efficace, dans le respect de l'environnement, de toutes les ressources naturelles, humaines et économiques.
Façonner une manière véritablement durable de vivre requiert une action intégrée dans trois domaines généraux, à savoir les piliers économique, environnemental et social du développement.
Le développement économique - De nos jours, les systèmes économiques mondiaux sont en interrelation et ils nécessitent une approche intégrée favorisant un développement à long terme responsable pour s'assurer qu'aucune nation ou collectivité n'est laissée pour compte. Le développement économique donne également la richesse nécessaire pour investir dans la protection de l'environnement, l'éducation, les sciences et la technologie ainsi que pour le maintien de la santé et du bien-être.
La conservation des ressources naturelles et de l'environnement - La sécurité, la prospérité et le bien-être des humains sont subordonnés à un environnement sain et riche. L’utilisation durable des ressources naturelles, la prévention de la pollution et la conservation des habitats naturels sont essentiels à la réduction de la pauvreté et à l'amélioration de la qualité de vie des hommes.
Le développement social - Les besoins fondamentaux des individus en matière d'emploi, d'alimentation, d'éducation, d'énergie, de soins de santé, d'eau et d'hygiène doivent être abordés tout en respectant la diversité culturelle et sociale ainsi que les droits des travailleurs. Le développement doit être entrepris de façon à permettre à tous les membres de la société de jouer un rôle décisif dans leur avenir.
CONCLUSION
La croissance démographique galopante, le développement économique, la révolution industrielle, les nouvelles technologies joints aux graves difficultés que les responsables rencontrent pour concevoir et exécuter des politiques qui permettent de promouvoir l’adoption généralisée de technologies et de pratiques agricoles qui tiennent compte du concept de parité et qui servent non seulement à améliorer la production mais aussi à assurer la durabilité de l’environnement, explique le taux actuellement élevé de dégradation des ressources naturelles.
L’aggravation de la crise environnementale et la sensibilité croissante des opinions publiques ont contraint les décideurs à placer les questions écologiques dans leurs politiques économiques. Ainsi l’environnement doit faire partie des priorités à traiter par les instances politiques au même titre que les questions économiques et sociales pour une gestion durable des ressources naturelles. Dans le monde économique, le développement durable consisterait à l’intégration de l’environnement dans le management des entreprises. Selon Yves Cochet (2002 Développement durable : la France attend du concret. Les Echos, 12 mars 2002) les priorité politique en matière de développement durable doivent être :
un accès à l’eau et à l’énergie renouvelable avec une gestion à long terme,
les conditions de consommation des ressources minérales et naturelles,
la conservation de la diversité biologique,
le problème de la gouvernance environnementale mondiale.
Le développement durable comporte ainsi de nombreux objectifs. Lors de la planification du développement, il faut absolument se préoccuper de la façon de préserver la qualité de l'environnement, le bien-être des personnes et la sécurité économique. La Commission Brundtland a formulé des recommandations à l'intention des pays développés et des pays en développement sur les stratégies de développement durable concernant l'air pur et l'eau saine, l'approvisionnement en eau, l'énergie, l'utilisation des terres, le logement, le traitement des déchets, le transport et les soins de santé. Les mêmes conseils s'appliquent à l'échelle locale. Tout comme le développement économique d'un pays est lié à son environnement et à ses citoyens, une collectivité tient compte de cette interdépendance pour planifier l'avenir. Tous deux sont confrontés aux même défis.
Pour un développement durable, la connaissance de l’environnement, sa gestion et sa préservation sont donc des objectifs à atteindre par le biais de l’éducation. L’éducation à l’environnement doit être une des priorités internationale, nationale et locale. En effet, elle oeuvre à responsabiliser les individus sur leur environnement, à faire émerger la notion d’écocitoyen pour que l’avenir de notre planète soit en de bonnes mains.
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