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samedi 22 novembre 2008
Rêver un monde autre

  
Source de l'info :
Posté par eglupi le vendredi 08 août 2003. Modéré le mardi 12 août 2003 nombre de visites: 2248
Riccardo Petrella est économiste, professeur d'économie politique à l'université de Louvain, très engagé dans les mouvements qui veulent construire un monde autre. Il participe régulièrement aux forums alternatifs (Porto Alegre, Florence) et est engagé dans la lutte pour faire reconnaître l'eau comme bien commun de l'humanité.
Je connais ses idées depuis plusieurs années, elle servent de base à ma réflexion sur notre société. J'ai eu la chance de pouvoir suivre le cours d'écologie humaine qu'il a donné à Mendrisio. Je vais essayer de présenter, de façon très condensée, les grandes lignes de sa penséee.


Définitions préliminaires



De suite quelques unes des notions sur lesquelles se base la pensée de Riccardo Petrella, sous forme de brèves définitions.

Ecologie

Du grec oikos, qui signifie "où nous sommes, le milieu, la maison", et logos, qui signifie "discours". C'est donc la parole, le discours de la maison. On commence à comprendre le monde par la parole, qui est expression de vie.

Economie

L'économie est l'ensemble des règles nécessaires pour habiter le monde, et non pas le marché financier. On ne peut pas avoir une écologie sans économie parce qu'il n'est pas possible de ne pas avoir de règles pour la maison, pour vivre ensemble.

Bien commun

C'est un ensemble de valeurs, de principes qui inspirent les institutions afin qu'elles se conforment à certains besoins/droits et utilisent certains moyens. Le but du Bien Commun est d'assurer à tout le monde le droit de vivre. C'est donc la volonté de faire quelque chose ensemble.

Narration du monde

Chacun de nous a sa façon de percevoir et de raconter le monde dans lequel il vit. Chacun devrait avoir le droit/devoir d'exprimer sa "narration" du monde, sa conception de la société. C'est un droit fondamental.

Images

Sont la consolidation de réflexions, impressions, sensations,... Les images nous donnent les moyens, les instruments pou l'interprétation culturelle que nous faisons de nous-mêmes et des autres. Nour racontons le monde par des images. Il est donc important de connaître l'image que chacun se fait du monde, la narration que chacun en fait.

Alphabet

Les images traduisent les alphabets que chacun de nous utilise. Il est très important de connaître l'alphabet de sa culture.

Penser 8 miliards

En 2025 nous serons 8 miliards de personnes sur la terre. Il est donc indispensable que nos réflexions, nous propositions et nos réalisations se fassent en foction de cette données, en "pensant 8 miliards".


Notre société



Dans notre recherche de compréhension du monde nous utilisons nos paramètres pour identifier l'autre. Ce processus diminue la valeur de l'autre. Quand nous sommes en situation d'égémonie, même relative, nous évaluons l'autre en fonction de nos paramètres. Toutes nos lectures de la réalité sont faites en terme d' "occidentalisation du monde".

La Parole volée

R. Petrella a, dans toute son analyse, une thèse sous-jacente: la parole a été enlevée, rendue esclave, achetée. La parole occidentale est dominée par des principes qui veulent imposer une espèce d'homologation du monde.

Les principes dominants

Les principes qui fondent la société occidentale actuelle sont:

1. la société n'est qu'un ensemble de transactions, d'échanges
2. le capital (financier) est le paramètre qui définit la valeur
3. l'entreprise est le sujet principal qui décide et organise l'allocation des ressources.

Ces principes fondateurs déterminent 2 paradygmes:

  • la mondialisation
  • la Société de l'Information

    Conséquences

    Tous cela a une série de conséquences pour la société:

  • la personne devient ressource humaine
  • il y a primauté de la finance
  • les fonctionnements sont basés sur des logiques de conquête
  • il y a la fin des droits universels inaliénables
  • l'entreprise privée devient le numéro un, le centre
  • la démocratie représentative s'affaiblit
  • nous assistons à la tryadisation du monde
  • les inégalités explosent
  • le Welfare est démantelé


    Être citoyen



    La première expression d'être citoyen est d'être reconnu. La première reconnaissance est la salutation, d'oû l'importance d'être salué.

    Citoyenneté

    La citoyenneté est l'ensemble des processus qui me reconnaissent comme membre d'une communauté

    Tension entre l'universel et le particulier

    Il y a une énorme richesse de façon par lesquelles le citoyen peut être gouverné et gouverner les tensions. Aujourd'hui la tendence est de dire "passons des lois écrites à l'autorégulation des acteurs. Le rôle des lois dans une société révèle le type de société et la fa4on dont le citoyen est défini.
    Le citoyen reconnu est acteur.

    La nécessité des droits

    Il n'y a jamais un droit sans un devoir. Si je revendique un droit j'ai le devoir de faire en sorte que les autres aussi en jouissent. En affirmant son propre droit on pense au devoir d'assurer celui des autres. La responsabilité personnelle et collective est au centre, et non pas la culture de l'intérêt personnel.

    Le citoyen dépossédé

    Au cours des 30 dernières années une grande transformation a eu lieu: dans nos cités on a démantelé le système de la citoyenneté. Être citoyen a été vidé de son contenu. Le système architectural de la citoyenneté occidentale est beau formellement mais son sens a été vidé. Il y a eu une axpropriation du citoyen qui a appauvri la cité:
  • on est passé de la culture des droits à la culture des besoins
  • le tryptique consommateur / producteur ressource humaine actionnaire devient prédominant.


    Marchandisation générale



    Société de la connaissance

    La thèse dominante dit que nous sommes devenus une société de la connaissance et que l'économie peut être définie comme basée sur la connaissance comme facteur principal de production de la richesse. Tous les facteurs de production prennent sens par la connaissance: c'est la connaissance qui donne sens aux choses en tant que facteurs de production.
    Une thèse très largement répandue soutient que dans toute activité humaine la partie due aux connaissances annexes est toujours plus importante pour définir le sens et les modalités de l'activité humaine.
    On oublie que, dans la réalité, le processus de connaissance part de l'imagination.

    Marchandisation de la connaissance

    Nous assistons à l'émrgence de l'économie de la connaissance. Les ordinateurs facilitent toujours plus l'accès à la connaissance: il y a donc technologisation de la connaissance. La technologisation de l'économie et de la société portent à l'industrialisation de la science

    Marchandisation de l'éducation

    Aujourd'hui l'éducation est conçue pour être le meilleur outil d'acquisition des connaissances nécessaires pour le bien-être et le développement de la société, avec des technologies qui permettent l'augmentation de la plusvalue du capital. Le lien entre éducation et économie ou monde de travail n'est pas mauvais en soi, mais dans un contexte d'économie capitaliste de marché en voie de mondialisation ils deviennent trop importants par rapport à la formation de citoyens intelligents. Le systéème d'éducation est devenu système de formation.


    Construisons ensemble un monde autre



    La proposition alternative

    Travailler à la construction d'un welfare, d'un bien-être, d'un bien-faire mondial autour de la définition d'un nouveau contrat social mondial, d'une nouvelle façon de vivre ensemble.

    Quatre chantiers

    Cette construction doit se faire autour de 4 grands chantiers:

    1. droit de vivre / droit à la vie pour tous
    2. promotion de l'altérité
    3. démocratie mondiale
    4. contrat terre

    Cinq étapes

    Nous devons accepter 5 moments dans le processus de construction:

    1. Innovation culturelle/idéologique: Construire une autre narration du monde. Nous devons dire quel monde nous voulons.

    2. Innovation pédagogique: se donner les instruments afin que cette narration soit diffusée, connue, devienne un mode d'apprentissage et d'organisation.

    3. Revendication, expression de la demande sociale qui en découle. Revendiquer le droit à un autre devenir, à d'autres formes du vivre ensemble, à d'autres règles de la maison, et revendiquer ce droit pour ceux qui ne l'ont pas.

    4. La politique. Être un acteur politique, participer. Le fait d'essayer de réaliser ses propositions est un devoir et un droit.

    5.- La lutte. Elle est légitime et doit être utilisée si la revendication et/ou la politique ne fonctionnent pas.

    Financement

    Le financement doit être fait uniquement par le secteur publique:

  • financement publique de l'accès de base par un système d'imposition progressive et redistributive

  • fond publique de valorisation à l'échelon local ou mondial

  • partenariat publique/publique

  • nouvelles formes de caisses d'épargne publiques sur une base coopérative

    Re-penser le monde, re-fonder le monde

    Penser à un monde nouveau en partant de 3 grands éléments:

    1. des principes fondateurs constitutionnels: reconnaître l'humanité come sujet politique et juridique

    2. déclarer illégaux la pauvreté et le non-droit à la vie

    3.- créer de nouveaux types d'institutions

    Rêver un monde autre

    Nous pouvons rêver d'amitié et de justice comme monde autre. Ce rêve signifie:

    1. respect de la vie. Respecter la sacralité de la vie. Le respect de la vie est justice. Réaliser le droit à la vie pour tous

    2. rêve d'amitié, de fraternité. Construire des communautés inspirées par les principes de la non-belligérance, de la fraternité

    3. structures de résolution des conflits. Créer des relations de confiance dans le respect des règles que nous avons élaborées ensemble.

    4. reconnaissance réciproque. Nous sommes capables d'être ensemble. C'est la force de l'être humain.

    Le rêve fondamental qu'il est possible de réaliser c'est de vivre ensemble au niveau de l'humanité. Ce n'est pas possible, au nom de la démocratie, de faire prévaloir l'intérêt national sur l'ntérêt de l'humanité.

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    Pour en savoir plus

  • Lire le livre de Riccardo Petrella "Le bien commun", Cahiers libres, éd Page deux, 1997

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