L’année 1975 avait inauguré la décennie des Nations Unies pour la femme. L’intégration des femmes au développement économiques était le nouveau leitmotiv qui a alimenté les conférences, séminaires et études. En 1985, la conférence de Nairobi, au Kenya, a clos ces dix années de débats houleux, le bruit des querelles a masqué un maigre bilan de cette décennie.

En 1995, il y a en la conférence mondiale des femmes à Beijing. Les femmes du monde entier se sont réunies pour trouver les solutions aux problèmes qui les rongent. Cependant, toutes ces initiatives n’ont pas effacé les préjugés négatifs à l’égard de la femme.

Dans la plupart des pays, il était interdit à la femme de participer aux différentes activités de la vie nationale. Cette conception prédominait surtout dans les sociétés musulmane, juive, chinoise, pour ne citer que celles-là. Dans la société musulmane, par exemple, la femme ne pouvait toucher au Coran, car elle était considérée comme « un porte-malheur ». Cette situation de la femme cataloguée comme porteuse des malheurs concernait aussi le peuple juif, considéré à juste titre comme le peuple de Dieu ; mais aussi et surtout tout le monde environnant où l’on allait jusqu à refuser à la femme la nature humaine pour lui attribuer celle des animaux.

Une conception présente en République Démocratique du Congo et plus particulièrement à Kisangani, selon laquelle « une femme ne peut jamais construire ou bâtir une maison, un village ou un pays » illustre bien les préjugés négatifs dont sont victimes les femmes congolaises, en général, et de la ville de Kisangani, en particulier.

Il existe également des coutumes qui inculquent aux femmes dès leur plus jeune âge un sentiment d’infériorité vis-à-vis de leurs frères. Paradoxalement, c’est la femme elle-même qui entretient cette conception. Penser ici aux femmes qui ne voient que dans leurs filles, une source d’argent en les mariant précocement.

Un autre obstacle à l’épanouissement de la femme est constitué par l’homme. En effet, des études des cas font ressortir des profondes différences dans la division sexuelle du travail d’une société à une autre. Ainsi, une tâche manuelle traditionnellement féminine qui est revalorisée, est la plus souvent appropriée par l’homme. Ce dernier tend toujours à se substituer à la femme dès qu’une activité devient rémunératrice dans le circuit moderne. Pour s’en convaincre, il suffit de sillonner la ville de Kisangani pour constater que ce sont les hommes qui travailles dans 99 % des moulins à manioc et broyeuses de pondu (1). Partout, le travail masculin est entouré de prestige et partout le travail féminin est déprécié et dévalorisé. Comme si cela ne suffit pas, certains hommes vont même jusqu’à refuser de manger le pondu broyé à la machine, condamnant ainsi la femme à la tâche quotidienne de piller cet légume à l’aide de mortier. N’est-ce pas là une mauvaise foi de l’homme, partenaire privilégié de la femme dans son processus de l’émancipation ?

Ce faisant, nous lançons un appel à l'attention de l’homme pour lutter pour la libération, l’émancipation ou l’autopromotion de la femme. A la femme elle-même, nous lui disons de sortir de son coin et d’être présente à tous les rendez-vous, de briser son ignorance, de prendre son courage en main et de bien observer son rôle de premier éducateur de la nation. Tel est le défi que nous lançons aux mouvements associatifs féminins dans l’esprit de l’égalité des gendres.

(1) Pondu : Feuilles de manioc, un des aliments principaux en RDCongo.