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mercredi 07 janvier 2009
La philosophie du libre

  
Source de l'info :
Posté par eglupi le jeudi 10 mars 2005. nombre de visites: 2304
Je commence cette partie par une citation de R. Stalman: « De même qu'il existe la liberté d'expression et la liberté de se réunir, il y a la liberté de partager de l'information d'intérêt général. Ce droit devrait être inaliénable. »(Richard Stalman, entretien 23 juin1998).
La philosophie du libre est donc une philosophie de la liberté du partage de la connaissance, ce terme étant pris dans son sens le plus large. C'est la seule voie pour assurer le progrès constant de la culture, et donc de la société, dans la mesure où sans culture il n'y a pas de société. C'est en tout cas l'opinion, que je partage, de beaucoup de penseurs contemporains, par exemple de Riccardo Petrella. Il est évident qu'il existe une infinité de “cultures”, et à l'intérieur de chacune d'elles une infinité de nuances. Chacun de nous est responsable du choix de la culture à laquelle il adhére, et donc du choix d'un modèle de société.
Le partage de la connaissance porte à son intégration dans le “patrimoine commun de l'humanité” (R. Petrella). C'est ici la dimension culture du don de la philosophie du libre. Richard Stalman, en parlant des logiciels libres, dit textuellement (Richard Stalman, entretien 23 juin 1998 )”[...] je chéris la liberté de partager avec d'autres personnes et je ne suis pas prêt de la laisser tomber dans le seul but de voir un plus grand nombre de logiciels écrits.” Je me sens autorisé, me mettant dans celle qui me semble être l'optique de Stalman, à étendre ce raisonnement à toute oevre de création:"je chéris la liberté de partager avec d'autres personnes et je ne suis pas prêt de la laisser tomber dans le seul but de voir créer un plus grand nombre d'oeuvres".
Cette philosophie s'applique donc à la noosphere (ou “monde de la pensée”), qui est le “monde” de la philosophie, de la culture, de la création et de la communication. Dans le contexte de ce texte, “monde” à la signification de “partie, dimension de la réalité”. Dans ce contexte il est possible d'assimiler Internet, par exemple, à un écosysthème.
Je vais donc développer ces trois aspect pour essayer de mieux cerner les contenus de la philosophie du libre.

Documentation pour en savoir plus:
Richard Stalman, entretien 23 juin 1998

La noosphère (monde de la pensée)

La noosphère est donc le monde des idées, le monde de la pensée, la dimension de la réalité (donc de notre vie individuelle et sociale) dans laquelle nous sommes créatifs.
Dans Wikipedia nous trouvons une définition de la noosphère: “Ce mot, que Pierre Teilhard de Chardin emprunte à Vernadsky, part de l'observation qu'une pellicule de faible épaisseur (quelques kilomètres) entourant la Terre - que l'on qualifierait aujourd'hui de biofilm - contient à la fois toutes les connaissances de l'humanité et toute sa capacité de traitement de l'information.
La noosphère se juxtapose à la lithosphère (la masse inerte), à la biosphère (la masse vivante) et à la sociosphère (ensemble des relations humaines et/ou écologiques) et l'ensemble de l'activité intellectuelle de la Terre : il s'agit d'une sorte de « mémoire collective de l'humanité » qui regroupe toutes les activités cérébrales et mécaniques de mémorisation et de traitement de l'information.
Les vulgarisateurs scientifiques australiens Jack Cohen et Ian Stewart lui ont donné le nom plus médiatique d'extelligence
Le cerveau des hommes fait partie de la noosphère, mais aussi toutes les infrastructures créées par lui qui participent au traitement comme au stockage de l'information : villes, bibliothèques, infrastructure politique, culture, lois, réseaux de communications.”
En partant des idées qu'Eric Raymond expose dans “À la conquête de la noosphère”, et plus particulièrement dans le chapitre “Propriété de la Noosphère et éthologie du territoire”, tout acte de création dans la Noosphère est une revendication territoriale au sein de celle-ci et est reconnu comme tel par l'usage. Toute personne qui crée de la culture, du contenu, ... et le verse au patrimoine commun contribue à l'extension de la noosphère, tout en “marquant son térritoire” à l'intérieur de celle-ci: il est (co-)propriétaire, non d'un morceau de la noosphère, mais de la totalité de celle ci... avec 7 autres miliards de (co-)propriétaires.
Il y a une espèce de dicton qui tourne actuellement, qui dit en gros que la seule chose qui augmente quand on la partage, c'est l'amour. Je crois que nous pouvons aussi dire que, dans la noosphère, plus nous partageons notre savoir, plus notre savoir augmente!

Documentation pour en savoir plus:
Wikipedia: la noosphère
Eric Raymond: À la conquête de la noosphère

responsabilité

Dans la philosophie du libre, la notion de responsabilité est très impostante. Dans la mesure où nous participons à ce patrimoine commun qu'est la noosphère (et j'affirme que nous y participons, que nous le voulions ou non), nous sommes (co-)responsables de son enrichissement ou de son appauvrissement, de l'ouverture ou de la fermeture de l'accès à la connaissance, au savoir.
Si nous acceptons le fait que l'accès à la connaissance fait partie de nos droits, nous sommes responsable d'assurer ce droit à tout un chacun. En effet, si je revendique un droit pour moi, j'ai le devoir de tout mettre en oeuvre pour que tout le monde puisse bénéficier de ce droit. C'est une responsabilité fondamentale. Et je rejoins, une fois de plus, la pensée de Riccardo Petrella et celle de Lawrence Lessig.
Si je revendique le droit à une “culture libre”, j'ai le devoir (et donc la responsabilité) d'agir de façon à ce que ce droit soit reconnu à tout le monde.
Je pense que c'est à ce niveau que se situe toute la discussion sur les droits d'auteur et les licences libres. Je pense que ce ne soit pas le lieu d'approfondir le sujet, et je renvoie le lecteur intéressé aux documents conseillés. Je me limiterai à donner une citation de Lawrence Lessig (Culture libre) qui illustre ma position: “ Il n'était pas possible de parler d'une "Société de l'Information" sans parler aussi de la partie de l'information et de la culture qui serait libre. Mon discours ne rendit pas très heureuse mon immodeste modératrice. Et il ne fait aucun doute qu'elle avait raison de penser que la protection de la propriété intellectuelle était en principe du ressort de l'OMPI. Mais à mon avis, il ne saurait y avoir trop de conversations au sujet de la quantité de propriété intellectuelle dont nous avons besoin. Car à mon avis, l'idée même d'équilibre de la propriété intellectuelle s'est perdue.”

Documentation pour en savoir plus:
Lawrence Lessig: Culture Libre (Wikipedia)
Errico Lupi: Rêver un monde autre


culture du don

Tout ce qui précède nous amène à parler tout naturellement d'une autre composante de cette philosophie: la culture du don. Je ne vais pas en donner les détails, qui sont très bien expliqués dans un texte de Richard Barbrook dans “Libres enfants du savoir numérique” et un autre de Eric S. Raymond.
Internet a été construit sur les principes de l'économie du don. L'information circule librement, elle est “donnée” à tous ceux qui sont intéressés, qui peuvent se servir librement. En contrepartie le fournisseur de l'information reçoit la reconnaissance de son travail. Son prestige auprès de ses pairs augmente au fur et à mesure qu'il produit de l'information et la verse dans le “chaudron” ( voir article de Eric Raymond: “Le chaudron magique“). Ceci rend les compétences de la personnes plus facilement “monnayables” dans une transaction économique classique: plus une personne est “côtée” parmi ses pairs, plus ses compétences sont reconnues, mieux il pourra “vendre” ses prestations professionnelles.
L'économie du don ne se limite pas à Internet: elle soustend tout le travail des chercheurs oevrant dans les milieux universitaires.
L'économie du don crée des obligation mutuelle entre les personnes qui y participent, et ceci finit par créer, entre elles, des “réseaux d'échange et de partage” qui sont de véritables Communautés Virtuelles (pour les CoVi, voir plus loin), sortes de réseaux d'entraide pour résoudre des problèmes et atteindre des objectifs communs.
La “culture du don” n'est pas définie ou acquise une fois pour toutes: de par sa nature même, elle est en évolution continuelle, grâce aux apports de tous ceux qui y participent. Et elle demande une adhésion libre continuellement consentie.

Documentation pour en savoir plus
Eric S. Raymond: "la cathédrale et le bazar"
Eric Raymond: "À la conquête de la noosphère"
Eric Raymond: "Le chaudron magique"

J'aurais trouvé intéressant de développer ici le thème des droits d'auteurs et des licences: je le ferai dans un futur que j'espère pas trop lointain.
Pour le moment je vous suggère quelques lectures:
Licence documentation libre
Toutes les licences (en anglais)
Cpyleft_Attitude (licence art libre):

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