CATASTROPHES EN AFRIQUE : MYTHES OU RÉALITÉS voir aussi notre Blog pour autres sujets a http://abdelkadertoure.wordpress.com

l'Afrique: Un continent aux risques multiples mais sans moyens de protection propres.

Les médias nous ont fait vivre en direct l’attaque du World Trade Center. Nous venons d’assister, impuissants, aux suites terribles du violent séisme, accompagné de raz de marée, en Asie de l’est et dont une partie du continent africain a connu les répercutions. Trop souvent, nous avons l’impression que tous ces drames sont loin de nous ou ne risquent pas de se produire chez nous. Pourtant, le continent africain, se trouve confronter aujourd’hui comme hier, aux effets dévastateurs de plusieurs fléaux qui causent la mort de centaines, voire de milliers de personnes.

Certes, les situations de sinistres ne sont pas quotidiennes. Cependant, lorsqu’elles surviennent, la couverture médiatique est habituellement importante de sorte qu’elles offrent l’opportunité d’attentions diverses.

Afin de mieux cerner l’objet de notre approche, il s’avère important que nous définissions d’entrée la notion de sécurité civile.

La sécurité civile communement appelée PROTECTION CIVILE en Afrique a pour objet, la prévention des risques, l’organisation et la mise en œuvre des moyens de secours que requièrent la sécurité des personnes, la protection des biens et de l'environnement contre les accidents, sinistres et catastrophes. Relevant en général d’une compétence interministérielle au plan national, il se trouve malheureusement que l’organisation de ce secteur d’activité, qui demeure capitale dans tout processus de développement socio-économique, se trouve confronter à d’énormes difficultés dans nos pays en voie de développement.

Aussi, force est de constater, qu’en dépit du fait que les risques civils soient non identifiés depuis l’ère des indépendances en Afrique, et qu’une méconnaissance totale de la vulnérabilité des territoires s’observe malgré l’accroissement des populations, aucune initiative majeure de promotion dudit domaine ne se profile à l’horizon sur le continent. Pendant ce temps, nos populations, pour la plupart, affaiblies par une crise économique qui perdure et par des conflits de natures et d’origines diverses, se retrouvent de façon quotidienne face à des situations de crise qui nécessitent très souvent l’intervention d’organismes non gouvernementaux malgré l’existence de structures étatiques dûment mandatées pour la cause.

Jusqu’à preuve du contraire dans certains pays africains, l’expression protection civile en tant que telle, n’existe que dans la forme. Les administrateurs ou autres décideurs n’ayant pas comme priorité cette préoccupation essentielle au développement. Les plans de mesures d’urgences, en vigueur dans nos pays africains, ne tiennent pas compte des réalités de nos jeunes états ni des ressources disponibles.

Le fait, que ces plans soient des copies conformes de ceux du colonisateur avec de simples modifications de noms de lieux, permet aisément, de comprendre en partie les raisons qui rendent non opérationnels la plupart de nos dispositifs d’urgence. Ces plans pour la plupart non adaptés à nos réalités, n'ont jamais connus de révision. Les catastrophes aériennes, maritimes, d’origine technologique ou naturelle ou encore les accidents de grande ampleur se produisant sur nos territoires, en disent long sur notre capacité d'application de ces plans et partant de notre aptitude à faire face aux situations de sinistres. Le continent entier a donc besoin de la réalisation d'études appropriées avant de songer à élaborer quoi que ce soit que politique en matière de sécurité civile.

Par ailleurs, il est à noter, qu’il existe encore de nos jours en Afrique beaucoup de pesanteurs socioculturelles tels que les mythes, préjugés, stéréotypes, et us, qui affectent négativement la perception de la notion d’analyse de risques ; en ce sens que la prévision de la survenue d’événements catastrophiques ou autres situations de crise est très mal perçues dans nos sociétés.

En dépit donc du fait, que le choix des responsables, d’animateurs ou d’intervenants des services œuvrant dans le domaine de la protection civile en Afrique se fasse très souvent sur une base de complaisance ou d’intérêt non avoués, il n’en demeure pas moins, qu’il n’existe nullement de volonté au sommet afin de remédier à cette situation. Et nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper, qu’aucune base de données actualisées relatives aux éléments suivants ne peut être accessible après des personnes ou structures concernées. A savoir : les profils démographiques, socio-économiques, climatologiques, géographiques et hydrographiques, les schémas organisationnels et opérationnels des infrastructures de transport (routier, ferroviaire, maritime, aérien, électricité, hydrocarbures), les plans de localisations des infrastructures publiques et privées, l’historique des sinistres avec les conséquences en termes de préjudices aux personnes ou de dommages aux biens ainsi qu’à l’environnement ou aux activités économiques. A l’analyse de cette observation, la question est donc de savoir, sur quelles bases, les démarches de planification stratégiques en sécurité civile seront-elles établies ?

Généralement, il se trouve que les besoins de nos services de secours ou d’assistance en cas de sinistres, se résument à l’acquisition de matériels d’intervention. L’entretien de l’existant, la formation, la planification des opérations ainsi que la révision des plans de mesures d’urgences ne font pas parti des priorités.

Dans un tel contexte, comment voulez-vous que notre continent ait les ressources nécessaires pour faire face à une situation de crise majeure.
Hors, les sinistres et autres désastres ont ceci de particulier : ils se produisent dans des contextes différents, à des endroits que nuls ne peut imaginer et entraînent des conséquences nombreuses et variées.

E.L Quarantelli, du Disaster Research Center de l’université du Delaware aux États-Unis, pose ainsi une contrainte en ces termes : La grande majorité des gens sont orientés vers le ‘’ici et maintenant ‘’. Les êtres humains ont peu de chances de s’engager dans quelque chose qu’ils ne perçoivent pas comme les concernant personnellement, qui n’est pas immédiatement présent et qui n’est pas assuré d’arriver. L’individu moyen est préoccupé par des problèmes précis, au jour le jour, et ne se préoccupe pas des probabilités statistiques, abstraites et rares. E.L.Quarantelli, (1988)

Igor Ansoff, l’un des penseurs les plus connus du management stratégique souligne pour sa part, la nécessité de repenser la conduite des organisations. Selon Igor Ansoff ; la vie, des grands systèmes est de plus en plus dépendante de leur environnement général, qui connaît des changements complexes et radicaux. Le rythme de changement s’étant accéléré depuis quelques décennies, l’on ne peut se contenter de réagir après coup, a postiori. Il faut se livrer a l’anticipation, à l’extrapolation, à la prévision de ce qui serait possible de se produire.

Enfin, Patrick Lagadec, lui, insiste sur le fait que la gestion de sinistre implique un changement dans la culture des organismes et l’élaboration de stratégies de changement :Il s’agit aussi bien de mettre en place des salles de crise que de revoir les objectifs et modalités des formations proposées aux responsables. D’installer de nouveaux modes de communication, que de mettre en place des rencontres régulières consacrées à l’anticipation des crises potentielles. De former des hommes à tous les niveaux, que de constituer des équipes capables de jeter des ponts entre les services et les départements ( souvent séparés par des habitudes et des cultures différentes), ou même d’intégrer des personnes extérieures à l’organisme. De se doter de nouveaux outils d’urgence, que de développer la capacité de ‘’jugement’’ à de nombreux échelons (…) Il ne sera possible en effet de traiter le dossier par le seul recours à des achats de matériel, ni même à coups de réorganisations. Le point prioritaire est de transformer les habitudes, les références de fond qui déterminent les attitudes et les actions des intervenants. (…) Plusieurs pistes ont déjà été testées et donnent satisfaction. (…) L’intervention ne vise pas a fournir des diagnostics ’’clés en main’’ mais à aider à engager une démarche d’apprentissage, respectueuse des richesses spécifiques de l’organisation notamment de sa ‘’culture’’Patrick Lagadec, (1992) p.295-296

A l'analyse de ces réflexions et face aux réalités en Afrique, nous devons nous interroger non pas pour savoir si un jour ou l’autre notre continent sera touché par un sinistre aussi grand que celui qui vient de frapper plus particulièrement l’Asie de l’est, mais plutôt de réfléchir sur comment apprendre pour être prêt à affronter une telle situation ?

A cette interrogation, nous répondons d’emblée qu’il va falloir effectivement réfléchir et surtout planifier la façon de favoriser l’émergence d’une culture de sécurité ou protection civile sur notre continent.

Et pour anticiper sur cette préoccupation, nous avons opter pour la création d’une organisation à but non lucratif afin, de mettre à profit nos connaissances en la matière.

Créée, le 6 juillet 2003 à Abidjan et dûment enregistrée auprès des autorités compétentes ivoiriennes, notre organisation, à savoir l’APPEB AFRIQUE, entend à l’analyse de tout ce qui précède, initier différentes approches auprès d’institutions africaines pour solliciter, dans un premier temps, leur soutien à notre initiative et dans un second temps : créer un cadre de collaboration pour la mise en œuvre de nos différents projets de développement du domaine de la protection civile sur l’ensemble du continent africain.

A.Kader Touré
Président fondateur de l’ONG APPEB AFRIQUE
Spécialiste en gestion des risques majeurs  abdelkadertoure@hotmail.com