"La recherche scientifique est un long fleuve avec, en amont, la recherche fondamentale et en aval, la recherche appliquée. On ne peut dissocier les deux. Car, pour que l'une soit bien dévéloppée, il faut que l'autre le soit également". Ces propos du pr. Yao N'guessan Thomas,directeur du département chimie organique à l'université de Cocody, sont une lucarne pour mieux appréhender la problématique suivante:" Quel type de recherche pour les pays en voie de développement"?
Poser la question pour les pays en voie de développement est une évidence déterminée par le contexte historique et socio-économique de leur émergence. Dans leur optique, toute recherche agronomique en Côte d4ivoire (CNRA) répond à cette exigence. Ainsi que les autres centres et institutions de recherche étatiques. Au total, des exemples encourageants sont à noter dans les domaines de la santé, de l'agronomie, de l'économie et de la technologie.
Qu'en est-il de la recherche universitaire et de la recherche fondamentale?
La recherche universitaire peut entrer également dans le créneau de la recherche appliquée. La recherche fondamentale, contribue à la croissance du savoir de l'humanité. Et les pays en voie de développement ne peuvent être privés de cette contribution parce qu'ils disposent eux aussi des cerveaux. " Ce serait une hérésie que de penser qu'on peut se passer complètement de la recherche fondamentale", affirme encore le Pr. Yao N. Thomas. Pour preuve, renchérira t-il, on ne peut pas par exemple, supprimer les mathématiques, puisqu'elles alimitent les autres sciences telles que la physique, la chimie… Certaines recherches, bien que fondamentales, sont tout aussi utiles que la recherche appliquée. En agronomie par exemple, la découverte de l'arabusta qui est un hybride de l'arabica et du robusta en est une belle illustration. L'arabica et le robusta ne pouvant être couplés parce que n'ayant pas le même nombre de chromosomes, on fabrique artificiellement un robusta qui a le même nombre de chromosomes que l'arabica.
Il s'agit là d'une véritable recherche en génie génétique. C'est à dire, de la recherche fondamentale au plus haut niveau. Il apparaît indispensable qu'à côté de la recherche finalisée et utilte, l'on laisse se développer la recherche fondamentale. Qui, elle, continuera d'alimenter la recherche appliquée. Autrement dit, c'est en finançant la recherche fondamentale qu'on arrive à dévélopper la recherche appliquée et finalisée qui au développement des pays en voie de développement.
L'exigence de la mise en place d'une politique devant présider à la transformation de la recherche scientifique en recherche-développement, réside dans l'importance prise par l'application des découvertes scientifiques dans les domaines économiques et militaire et spécialement dans le quotidien. Ainsi, le temps entre une découverte et ses applications est de plus en plus réduit. Faisant de la recherche scientifique le moteur même du développement technique et économique de la societé. A titre d'exemple: du principe de la photographie à la production de d'appareils photos, il a fallu un siècle. Un demi-siècle entre les recherches et l'obtention du téléphone. Ce dlai a été réduit à 35 ans pour la radio, à 14 ans pour la TV, 6 ans pour la bombe à uranium et 5 ans pour le transistor. Cette accélération de la recherche et des applications socio-économique et politique de ces découvertes montre que la recherche fondamentale, en tant que désir de l'homme de mieux se comprendre et comprendre son environnement, se confond de plus en plus avec la recherche orientée. C'est à dire: une recherche à objectif déterminé et la recherche appliquée. Donc une connaissance immédiate, pratique et utile.
Le développement économique auquel prétendent tous les pays, en particulier les pays en voie de développement n'est possible que si l'accent est mis sur le développement de la recherche scientifique. Parce que les découvertes de cette dernière ont un impact immédiat sur le quotidien des hommes. C'est pourqoi, plutôt que de parler de recherche scientifique, on gagnerait de plus en plus à parler de recherche-développement.

Le coût de la recherche
Pour se faire une idée du coût de la recherche scientifique, un coup d'œil sur les tableaux graphiques, suffit pour savoir que les pays du 1/3 monde (à part l'Inde et le Pakistan), n'apparaissent pratiquement pas. L'essentiel des resources de recherche et de développement se situe dans les pays de la triade.
En 1995, les USA réalisaient 38% des dépenses mondiales de R & D, l'union Européenne 29% et le japon 16%. Tous les autre pays du monde ne représentaient en cette année là, que 17% de ces ressources. Et le développement technologique de certains d'entre eux (les nouveaux pays industrialisés en particulier), ne remet pas en cause ces grands équilibres. La part des pays de la triarde dans le PIB mondial est respectivement de 23% pour les Etats-Unis, de 20% pour les pays de l'Union Européenne et de 9% pour le Japon.
Les Etats-Unis emploient aujourd'hui, 7 millions de chercheurs et dépensent plus de 20 milliards de dollars dans la recherche appliquée.
En Côte d'Ivoire, l'Etat consacre moins de 0.5% de son PIB à la recherche scientifique. Alors que le plan de Lagos de 1980 stipule que chaque Etat consacre au moins 1% de son PIB à sa recherche scientifique. Il n'est pas sûr que le budget du ministère de la recherche scientifique suffise à équiper un seul des laboratoires des universités. Il n'existe même pas un annuaire fiable de la recherche. En un mot, il n'existe encore pas de véritable politique de recherchescientifique, au-delà des structures non fonctionnelles et des vœux pieux.
A t-on seulement conscience de ce qu'un développement durable ne peut se faire sans recherche? Et dire qu'on est content de manger une bonne tomate sans se rendre compte que la sécurité et l'autosuffisance alimantaire ne sont que les fruits de la recherche scientifique!

Quelques éléments pour une performance.
Comme dans bien d'autres domaines, la recherche scientifique dans les PVD en général et en Afrique en particulier, est développée. Ses contradictions et ses problèmes sont ceux qu'on rencontre dans tous les domaines de la vie: inexistence de structures adéquates, insuffisance des ressources humaines et financières, inexistence d'une cohérence des objectifs à court, moyen et long termes.
C'est pourquoi, si les Etats africains en particulier et les PVD en général, veulent se développer, ils devraient opter pour une recherche scientifique performante. Pour y arriver, il leur faut, entre autres, une politique de la science définissant les priorités de la recherche, déterminant les durées, etc. de fait, l'avenir de la recherche dépend plus que jamais de politiques cohérentes et résolues. Il s'agit de: "Maximiser les probabilités d'occurrence et de combinaisons heureuse", OCDE, 1981; une formation qualifiante et professionnalisée; des ressources financières, des structures d'évaluation et d'inventaire de la recherche.
Source fraternité matin du 15 septembre 2004